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Denis Diderot - Les Bijoux Indiscrets
(Il y a dans cet endroit une lacune considérable. La république des lettres aurait certainement obligation à celui qui nous restituerait le discours du bijou de Callipiga, dont il ne nous reste que les deux dernières lignes. Nous invitons les savants à les méditer et à voir si cette lacune ne serait point une omission volontaire de l'auteur, mécontent de ce qu'il avait dit, et qui ne trouvait rien de mieux à dire.)
" ... On dit que mon rival aurait des autels au-delà des Alpes. Hélas ! sans Mirolo, l'univers entiers m'en élèverait. "
Mangogul revint aussitôt au sérail et répéta à la favorite la plainte du bijou de Callipiga, mot pour mot ; car il avait la mémoire merveilleuse.
" Il n'y a rien là, madame, lui dit-il, qui ne vous donne gagné ; je vous abandonne tout, et vous en remercierez Callipiga, quand vous le jugerez à propos.
- Seigneur, lui répondit sérieusement Mirzoza, c'est à la vertu la mieux confirmée que je veux devoir mon avantage, et non pas...
- Mais, madame, reprit le sultan, je n'en connais pas de mieux confirmée que celle qui a vu l'ennemi de si près.
- Et moi, prince, répliqua la favorite, je m'entends bien ; et voici Sélim et Bloculocus qui nous jugeront. "
Sélim et Bloculocus entrèrent aussitôt ; Mangogul les mit au fait, et ils décidèrent tous deux en faveur de Mirzoza.
CHAPITRE XLII. LES SONGES.
Seigneur, dit la favorite à Bloculocus, il faut encore que vous me rendiez un service. Il m'est passé la nuit dernière par la tête une foule d'extravagances. C'est un songe ; mais Dieu sait quel songe ! et l'on m'a assuré que vous étiez le premier homme du Congo pour déchiffrer les songes. Dites-moi donc vite ce que signifie celui-ci ; et tout de suite , elle lui conta le sien.
- Madame, lui répondit Bloculocus, je suis assez médiocre onéiro-critique...
- Ah ! sauvez-moi, s'il vous plaît, les termes de l'art, s'écria la favorite : laissez là la science, et parlez-moi raison.
- Madame, lui dit Bloculocus, vous allez être satisfaite : j'ai sur les songes quelques idées singulières ; c'est à cela seul que je dois peut-être l'honneur de vous entretenir, et l'épithète de songe-creux : je vais vous les exposer le plus clairement qu'il me sera possible.
- Vous n'ignorez pas, madame, continua-t-il, ce que le gros des philosophes, avec le reste des hommes, débite là-dessus. Les objets, disent-ils, qui nous ont vivement frappés le jour occupent notre âme pendant la nuit ; les traces qu'ils ont imprimées, durant la veille, dans les fibres de notre cerveau, subsistent ; les esprits animaux, habitués à se porter dans certains endroits, suivent une route qui leur est familière ; et de là naissent ces représentations involontaires qui nous affligent ou qui nous réjouissent. Dans ce système, il semblerait qu'un amant heureux devrait toujours être bien servi par ses rêves ; cependant il arrive souvent qu'une personne qui ne lui est pas inhumaine quand il veille, le traite en dormant comme un nègre, ou qu'au lieu de posséder une femme charmante, il ne rencontre dans ses bras qu'un petit monstre
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