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Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie

nous ont suscités ! L'entreprise qu'ils ont traversée avec tant d'acharnement, s'est achevée. S'il y a quelque
chose de bien, ce n'est pas eux qu'on en louera, & peut-être les accusera-t-on de ses défauts. Quoi qu'il en

soit, nous les invitons à feuilleter ces derniers volumes. Qu'ils épuisent sur eux toute la sévérité de leur

critique, & qu'ils versent sur nous toute l'amertume de leur fiel, nous sommes prêts à pardonner cent

injures pour une bonne observation. S'ils reconnoissent qu'ils nous ont vu constamment prosternés devant

les deux choses qui font le bonheur des sociétés & les seules qui soient vraiment dignes d'hommages, la

Vertu & la Vérité, ils nous trouveront indifférens à toutes leurs imputations.

Quant à nos Collegues, nous les supplions de considérer que les matériaux de ces derniers volumes ont
été rassemblés à la hâte & disposés dans le trouble : que l'impression s'en est faite avec une rapidité sans

exemple : qu'il étoit impossible à un homme, quel qu'il fût, de conserver en une aussi longue révision,

toute la tête qu'exigeoit une infinité de matieres diverses, & la plupart très-abstraites : & que s'il est arrivé

que des fautes, même grossieres, aient défiguré leurs articles, ils ne peuvent en être ni offensés ni surpris.

Mais pour que la considération dont ils jouissent, & qui doit leur être précieuse, ne se trouve compromise

en aucune maniere, nous consentons que tous les défauts de cette édition nous soient imputés sans

réserve. Après une déclaration aussi illimitée & aussi précise, si quelques-uns oublioient la nécessité où

nous avons été de travailler loin de leurs yeux & de leurs conseils, ce ne pourroit être que l'effet d'un

mécontentement que nous ne nous sommes jamais proposé de leur donner, & auquel il nous étoit

impossible de nous soustraire. Eh qu'avions-nous de mieux à faire que d'appeller à notre secours tous

ceux dont l'amitié & les lumieres nous avoient si bien servis ? N'avons-nous pas été cent fois avertis de

notre insuffisance ? Avons-nous refusé de la reconnoître ? Est-il un seul de nos Collegues à qui dans des

tems plus heureux nous n'ayons donné toutes les marques possibles de déférence ? Nous accusera-t-on

d'avoir ignoré combien leur concours étoit essentiel à la perfection de l'Ouvrage ? Si l'on nous en accuse,

c'est une derniere peine qui nous étoit réservée, & à laquelle il faut encore se résigner.

Si l'on ajoute aux années de notre vie qui s'étoient écoulées lorsque nous avons projetté cet Ouvrage,
celles que nous avons données à son exécution, on concevra facilement que nous avons plus vécu qu'il ne

nous reste à vivre. Mais nous aurons obtenu la récompense que nous attendions de nos Contemporains &

de nos neveux, si nous leur faisons dire un jour que nous n'avons pas vécu tout-à-fait inutilement.

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