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Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie
épargner aux autres le dégoût. Mais c'est à chaque feuille de cet Ouvrage à suppléer ce qui manque à notre éloge ; il n'en est aucune qui n'atteste & la variété de ses connoissances & l'étendue de ses secours.
Le Public a jugé les sept premiers volumes ; nous ne demandons pour ceux-ci que la même indulgence. Si l'on ne veut pas regarder ce Dictionnaire comme un grand & bel ouvrage, on sera d'accord avec nous, pourvû qu'on ne nous envie pas jusqu'à l'avantage d'en avoir préparé les matériaux. Du point d'où nous sommes partis jusqu'au point où nous sommes arrivés, l'intervalle étoit immense ; & pour atteindre le but que nous avons eu la hardiesse ou la témérité de nous proposer, peut-être ne nous a-t-il manqué que de trouver la chose où nous la laissons, & d'avoir eu à commencer où nous avons fini. Graces à nos travaux, ceux qui viendront après nous, pourront aller plus loin. Sans prononcer sur ce qu'ils auront encore à faire, nous leur transmettrons du-moins le plus beau recueil d'instrumens & de machines qui ait existé, avec les Planches relatives aux arts méchaniques *, la description la plus complette qu'on en ait encore donnée, & sur toutes les sciences une infinité de morceaux précieux. O nos Compatriotes & nos Contemporains, avec quelque sévérité que vous jugiez cet Ouvrage, rappellez-vous qu'il a été entrepris, continué, achevé par un petit nombre d'hommes isolés, traversés dans leurs vues, montrés sous les aspects les plus odieux, calomniés & outragés de la maniere la plus atroce, n'ayant d'autre encouragement que l'amour du bien, d'autre appui que quelques suffrages, d'autres secours que ceux qu'ils ont trouvés dans la confiance de trois ou quatre commerçans.
* Nous prévenons ici qu'on a suppléé des détails importans à la plûpart de ces arts, par des explications très-étendues & très-instructives qu'on trouvera au Recueil des Planches, à la tête de celles qui les concernent ; & que quant à d'autres arts, que la célérité de l'édition n'a pas permis de placer selon leur ordre alphabétique, on en a renvoyé la description entiere soit à la fin du dix-septieme Volume de Discours, soit au Recueil même des Planches ; en sorte que les Volumes de Discours, & les Volumes des Planches s'éclairent, se corrigent, & se complettent réciproquement.
Notre principal objet étoit de rassembler les découvertes des siecles précédens ; sans avoir négligé cette premiere vue, nous n'exagérerons point en appréciant à plusieurs volumes in-folio ce que nous avons porté de richesses nouvelles au dépôt des connoissances anciennes. Qu'une révolution dont le germe se forme peut-être dans quelque canton ignoré de la terre, ou se couve secretement au centre même des contrées policées, éclate avec le tems, renverse les villes, disperse de nouveau les peuples, & ramene l'ignorance & les ténebres ; s'il se conserve un seul exemplaire entier de cet Ouvrage, tout ne sera pas perdu.
On ne pourra du-moins nous contester, je pense, que notre travail ne soit au niveau de notre siecle, & c'est quelque chose. L'homme le plus éclairé y trouvera des idées qui lui sont inconnues, & des faits qu'il ignore. Puisse l'instruction générale s'avancer d'un pas si rapide que dans vingt ans d'ici il y ait à peine en mille de nos pages une seule ligne qui ne soit populaire ! C'est aux Maîtres du monde à hâter cette heureuse révolution. Ce sont eux qui étendent ou resserrent la sphere des lumieres. Heureux le tems où ils auront tous compris que leur sécurité consiste à commander à des hommes instruits ! Les grands attentats n'ont jamais été commis que par des fanatiques aveuglés. Oserions-nous murmurer de nos peines & regretter nos années de travaux, si nous pouvions nous flatter d'avoir affoibli cet esprit de vertige si contraire au repos des sociétés, & d'avoir amené nos semblables à s'aimer, à se tolérer & à reconnoître enfin la supériorité de la Morale universelle sur toutes les morales particulieres qui inspirent la haine & le trouble, & qui rompent ou relâchent le lien général & commun ?
Tel a été par-tout notre but. Le grand & rare honneur que nos ennemis auront recueilli des obstacles qu'ils
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