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Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie
&c. au travail & à l'emploi des Peaux, les Arts de Chamoiseur, Tanneur, Peaucier, &c. au travail & à l'emploi de la Laine & de la Soie, son tirage, son moulinage, les Arts de Drapiers, Passementiers, Galonniers, Boutonniers, Ouvriers en velours, Satins, Damas, étoffes brochées, Lustrines, &c. au travail & à l'emploi de la Terre, la Poterie de terre, la Fayence, la Porcelaine, &c. au travail & à l'emploi de la Pierre, la partie méchanique de l'Architecte, du Sculpteur, du Stuccateur, &c. au travail & à l'emploi des Bois, la Menuiserie, la Charpenterie, la Marquetterie, la Tabletterie, &c. & ainsi de toutes les autres matieres, & de tous les autres Arts, qui sont au nombre de plus de deux cens cinquante. On a vû dans le Discours préliminaire comment nous nous sommes proposé de traiter de chacun.
Voilà tout l'Historique de la connoissance humaine ; ce qu'il en faut rapporter à la Mémoire, & ce qui doit être la matiere premiere du Philosophe.
RAISON, d'où PHILOSOPHIE.
LA PHILOSOPHIE, ou la portion de la connoissance humaine qu'il faut rapporter à la Raison, est très-étendue. Il n'est presqu'aucun objet apperçu par les sens, dont la réflexion n'ait fait une Science. Mais dans la multitude de ces objets, il y en a quelques-uns qui se font remarquer par leur importance, quibus abscinditur infinitum, & auxquels on peut rapporter toutes les Sciences. Ces chefs sont Dieu, à la connoissance duquel l'homme s'est élevé par la réflexion sur l'Histoire Naturelle & sur l'Histoire Sacrée : l'Homme qui est sûr de son existence par conscience ou sens interne ; la Nature dont l'homme a appris l'Histoire par l'usage des sens extérieurs. Dieu, l'Homme, & la Nature, nous fourniront donc une distribution générale de la Philosophie ou de la Science (car ces mots sont synonymes) ; & la Philosophie ou Science, sera Science de Dieu, Science de l'Homme, & Science de la Nature.
PHILOSOPHIE ou SCIENCE.
I. Science de Dieu. II. Science de l'Homme. III. Science de la Nature.
Le progrès naturel de l'esprit humain est de s'élever des individus aux especes, des especes aux genres, des genres prochains aux genres éloignés, & de former à chaque pas une Science ; ou du moins d'ajoûter une branche nouvelle à quelque Science déja formée : ainsi la notion d'une Intelligence incréée, infinie, &c. que nous rencontrons dans la Nature, & que l'Histoire sacrée nous annonce ; & celle d'une Intelligence créée, finie & unie à un corps que nous appercevons dans l'homme, & que nous supposons dans la brute, nous ont conduits à la notion d'une Intelligence créée, finie, qui n'auroit point de corps ; & de-là, à la notion générale de l'Esprit. De plus les propriétés générales des Etres, tant spirituels que corporels, étant l' existence, la possibilité, la durée, la substance, l'attribut, &c. on a examiné ces propriétés, & on en a formé l' Ontologie, ou Science de l'Etre en général. Nous avons donc eu dans un ordre renversé, d'abord l'Ontologie ; ensuite la Science de l'Esprit, ou la Pneumatologie, ou ce qu'on appelle communément Métaphysique particuliere : & cette Science s'est distribuée en Science de Dieu, ou Théologie naturelle, qu'il a plû à Dieu de rectifier & de sanctifier par la Révélation, d'où Religion & Théologie proprement dite ; d'où par abus, Superstition. En doctrine des Esprits bien & malfaisans, ou des Anges & des Démons ; d'où Divination, & la chimere de la Magie noire. En Science de l'Ame qu'on a sous-divisée en Science de l'Ame raisonnable qui conçoit, & en Science de l'Ame sensitive, qui se borne aux sensations.
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