bibliotheq.net - littérature française
 

Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie

la pierre philosophale, en disant que c'est le secret de faire de l'or ? La définition d'une Science ne
consiste proprement que dans l'exposition détaillée des choses dont cette Science s'occupe, comme la

définition d'un corps est la description détaillée de ce corps même ; & il nous semble d'après ce principe,

que ce qu'on appelle définition de chaque Science seroit mieux placé à la fin qu'au commencement du

livre qui en traite : ce seroit alors le résultat extrèmement réduit de toutes les notions qu'on auroit

acquises. D'ailleurs, que contiennent ces définitions pour la plûpart, sinon des expressions vagues &

abstraites, dont la notion est souvent plus difficile à fixer que celles de la Science même ? Tels sont les

mots, science, nombre, & propriété, dans la définition déjà citée de l'Arithmétique. Les

termes généraux sans doute sont nécessaires, & nous avons vû dans ce Discours quelle en est l'utilité ;

mais on pourroit les définir un abus forcé des signes, & la plûpart des définitions, un abus tantôt

volontaire, tantôt forcé des termes généraux. Au reste, nous le répétons, nous nous sommes conformés

sur ce point à l'usage, parce que ce n'est pas à nous à le changer, & que la forme même de ce Dictionnaire

nous en empêchoit. Mais en ménageant les préjugés, nous n'avons point dû appréhender d'exposer ici des

idées que nous croyons saines. Continuons à rendre compte de notre Ouvrage.

L'empire des Sciences & des Arts est un monde éloigné du vulgaire, où l'on fait tous les jours des
découvertes, mais dont on a bien des relations fabuleuses. Il étoit important d'assûrer les vraies, de

prévenir sur les fausses, de fixer des points d'où l'on partît, & de faciliter ainsi la recherche de ce qui reste

à trouver. On ne cite des faits, on ne compare des expériences, on n'imagine des méthodes, que pour

exciter le génie à s'ouvrir des routes ignorées, & à s'avancer à des découvertes nouvelles, en regardant

comme le premier pas celui où les grands hommes ont terminé leur course. C'est aussi le but que nous

nous sommes proposé, en alliant aux principes des Sciences & des Arts libéraux l'histoire de leur origine

& de leurs progrès successifs ; & si nous l'avons atteint, de bons esprits ne s'occuperont plus à chercher

ce qu'on savoit avant eux. Il sera facile dans les productions à venir sur les Sciences & sur les Arts

libéraux de démêler ce que les inventeurs ont tiré de leurs fonds d'avec ce qu'ils ont emprunté de leurs

prédécesseurs : on appréciera les travaux ; & ces hommes avides de réputation & dépourvûs de génie, qui

publient hardiment de vieux systèmes comme des idées nouvelles, seront bientôt démasqués. Mais, pour

parvenir à ces avantages, il a fallu donner à chaque matiere une étendue convenable, insister sur

l'essentiel, négliger les minuties, & éviter un défaut assez commun, celui de s'appesantir sur ce qui ne

demande qu'un mot, de prouver ce qu'on ne conteste point, & de commenter ce qui est clair. Nous

n'avons ni épargné ni prodigué les éclaircissemens. On jugera qu'ils étoient nécessaires par-tout où nous

en avons mis, & qu'ils auroient été superflus où l'on n'en trouvera pas. Nous nous sommes encore bien

gardés d'accumuler les preuves où nous avons crû qu'un seul raisonnement solide suffisoit, ne les

multipliant que dans les occasions où leur force dépendoit de leur nombre & de leur concert.

Les articles qui concernent les élémens des Sciences ont été travaillés avec tout le soin possible ; ils sont
en effet la base & le fondement des autres. C'est par cette raison que les élémens d'une Science ne

peuvent être bien faits que par ceux qui ont été fort loin au-delà ; car ils renferment le système des

principes généraux qui s'étendent aux différentes parties de la Science ; & pour connoître la maniere la

plus favorable de présenter ces principes, il faut en avoir fait une application très-étendue & très-variée.

Ce sont-là toutes les précautions que nous avions à prendre. Voilà les richesses sur lesquelles nous
pouvions compter ; mais il nous en est survenu d'autres que notre entreprise doit, pour ainsi dire, à sa

bonne fortune. Ce sont des manuscrits qui nous ont été communiqués par des Amateurs, ou fournis par

des Savans, entre lesquels nous nommerons ici M. Formey, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des

Sciences & des Belles-Lettres de Prusse. Cet illustre Académicien avoit médité un Dictionnaire tel

à-peu-près que le nôtre ; & il nous a généreusement sacrifié la partie considérable qu'il en avoit exécutée,

< page précédente | 48 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.