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Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie

combien cette faculté de notre ame est nécessaire à toutes les autres ; & les Romains lui élevoient des
temples, comme à la Fortune.

Il nous reste à montrer comment nous avons tâché de concilier dans ce Dictionnaire l'ordre
encyclopédique avec l'ordre alphabétique. Nous avons employé pour cela trois moyens, le Système figuré

qui est à la tête de l'Ouvrage, la Science à laquelle chaque article se rapporte, & la maniere dont l'article

est traité. On a placé pour l'ordinaire après le mot qui fait le sujet de l'article, le nom de la Science dont

cet article fait partie ; il ne faut plus que voir dans le Système figuré quel rang cette Science y occupe,

pour connoître la place que l'article doit avoir dans l'Encyclopédie. S'il arrive que le nom de la Science

soit omis dans l'article, la lecture suffira pour connoître à quelle Science il se rapporte ; & quand nous

aurions, par exemple, oublié d'avertir que le mot Bombe appartient à l'art militaire, & le nom

d'une ville ou d'un pays à la Géographie, nous comptons assez sur l'intelligence de nos lecteurs, pour

espérer qu'ils ne seroient pas choqués d'une pareille omission. D'ailleurs par la disposition des matieres

dans chaque article, sur-tout lorsqu'il est un peu étendu, on ne pourra manquer de voir que cet article tient

à un autre qui dépend d'une Science différente, celui-là à un troisieme, & ainsi de suite. On a tâché que

l'exactitude & la fréquence des renvois ne laissât là-dessus rien à desirer ; car les renvois dans ce

Dictionnaire ont cela de particulier, qu'ils servent principalement à indiquer la liaison des matieres ; au

lieu que dans les autres ouvrages de cette espece, ils ne sont destinés qu'à expliquer un article par un

autre. Souvent même nous avons omis le renvoi, parce que les termes d'Art ou de Science sur lesquels il

auroit pû tomber, se trouvent expliqués à leur article, que le lecteur ira chercher de lui-même. C'est

sur-tout dans les articles généraux des Sciences, qu'on a tâché d'expliquer les secours mutuels qu'elles se

prêtent. Ainsi trois choses forment l'ordre encyclopédique ; le nom de la Science à laquelle l'article

appartient ; le rang de cette Science dans l'Arbre ; la liaison de l'article avec d'autres dans la même

Science ou dans une Science différente ; liaison indiquée par les renvois, ou facile à sentir au moyen des

termes techniques expliqués suivant leur ordre alphabétique. Il ne s'agit point ici des raisons qui nous ont

fait préférer dans cet Ouvrage l'ordre alphabétique à tout autre ; nous les exposerons plus bas, lorsque

nous envisagerons cette collection comme Dictionnaire des Sciences & des Arts.

Au reste, sur la partie de notre travail, qui consiste dans l'ordre encyclopédique, & qui est plus destinée
aux gens éclairés qu'à la multitude, nous observerons deux choses : la premiere, c'est qu'il seroit souvent

absurde de vouloir trouver une liaison immédiate entre un article de ce Dictionnaire & un autre article

pris à volonté ; c'est ainsi qu'on chercheroit en vain par quels liens secrets Section conique peut

être rapprochée d'Accusatif. L'ordre encyclopédique ne suppose point que toutes les Sciences

tiennent directement les unes aux autres. Ce sont des branches qui partent d'un même tronc, sçavoir de

l'entendement humain. Ces branches n'ont souvent entr'elles aucune liaison immédiate, & plusieurs ne

sont réunies que par le tronc même. Ainsi Section conique appartient à la Géométrie, la

Géométrie conduit à la Physique particuliere, celle-ci à la Physique générale, la Physique générale à la

Métaphysique ; & la Métaphysique est bien près de la Grammaire à laquelle le mot Accusatif

appartient. Mais quand on est arrivé à ce dernier terme par la route que nous venons d'indiquer, on se

trouve si loin de celui d'où l'on est parti, qu'on l'a tout-à-fait perdu de vûe.

La seconde remarque que nous avons à faire, c'est qu'il ne faut pas attribuer à notre Arbre
encyclopédique plus d'avantage que nous ne prétendons lui en donner. L'usage des divisions générales est

de rassembler un fort grand nombre d'objets : mais il ne faut pas croire qu'il puisse suppléer à l'étude de

ces objets mêmes. C'est une espece de dénombrement des connoissances qu'on peut acquérir ;

dénombrement frivole pour qui voudroit s'en contenter, utile pour qui desire d'aller plus loin. Un seul

article raisonné sur un objet particulier de Science ou d'Art, renferme plus de substance que toutes les

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