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Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie

ces deux points de vûe en histoire sacrée & en histoire ecclésiastique. L'histoire de l'homme a pour objet,
ou ses actions ou ses connoissances ; & elle est par conséquent civile ou littéraire, c'est-à-dire, se partage

entre les grandes nations & les grands génies, entre les Rois & les Gens de Lettres, entre les Conquérans

& les Philosophes. Enfin l'histoire de la Nature est celle des productions innombrables qu'on y observe,

& forme une quantité de branches presque égale au nombre de ces diverses productions. Parmi ces

différentes branches, doit être placée avec distinction l'histoire des Arts, qui n'est autre chose que

l'histoire des usages que les hommes ont faits des productions de la nature, pour satisfaire à leurs besoins

ou à leur curiosité.

Tels sont les objets principaux de la mémoire. Venons présentement à la faculté qui refléchit & qui
raisonne. Les êtres tant spirituels que matériels sur lesquels elle s'exerce, ayant quelques propriétés

générales, comme l'existence, la possibilité, la durée ; l'examen de ces propriétés forme d'abord cette

branche de la Philosophie, dont tous les autres empruntent en partie leurs principes : on la nomme

l'Ontologie ou Science de l'Etre, ou Métaphysique générale. Nous descendons de-là aux différens êtres

particuliers ; & les divisions que fournit la Science de ces différens êtres, sont formées sur le même plan

que celles de l'Histoire.

La Science de Dieu appellée Théologie a deux branches ; la Théologie naturelle n'a de connoissance de
Dieu que celle que produit la raison seule ; connoissance qui n'est pas d'une fort grande étendue : la

Théologie révélée tire de l'histoire sacrée une connoissance beaucoup plus parfaite de cet être. De cette

même Théologie révélée, résulte la Science des esprits créés. Nous avons crû encore ici devoir nous

écarter de notre Auteur. Il nous semble que la Science, considérée comme appartenant à la raison, ne doit

point être divisée comme elle l'a été par lui en Théologie & en Philosophie ; car la Théologie révélée

n'est autre chose que la raison appliquée aux faits révélés : on peut dire qu'elle tient à l'Histoire par les

dogmes qu'elle enseigne, & à la Philosophie, par les conséquences qu'elle tire de ces dogmes. Ainsi

séparer la Théologie de la Philosophie, ce seroit arracher du tronc un rejetton qui de lui-même y est uni.

Il semble aussi que la Science des esprits appartient bien plus intimement à la Théologie révélée, qu'à la

Théologie naturelle.

La premiere partie de la Science de l'homme est celle de l'ame ; & cette Science a pour but, ou la
connoissance spéculative de l'ame humaine, ou celle de ses opérations. La connoissance spéculative de

l'ame dérive en partie de la Théologie naturelle, & en partie de la Théologie révélée, & s'appelle

Pneumatologie ou Métaphysique particuliere. La connoissance de ses opérations se subdivise en deux

branches, ces opérations pouvant avoir pour objet, ou la découverte de la vérité, ou la pratique de la

vertu. La découverte de la vérité, qui est le but de la Logique, produit l'art de la transmettre aux autres ;

ainsi l'usage que nous faisons de la Logique est en partie pour notre propre avantage, en partie pour celui

des êtres semblables à nous ; les regles de la morale se rapportent moins à l'homme isolé, & le supposent

nécessairement en société avec les autres hommes.

La Science de la nature n'est autre que celle des corps : mais les corps ayant des propriétés générales qui
leur sont communes, telles que l'impénétrabilité, la mobilité, & l'étendue, c'est encore par l'étude de ces

propriétés que la Science de la nature doit commencer : elles ont, pour ainsi dire, un côté purement

intellectuel, par lequel elles ouvrent un champ immense aux spéculations de l'esprit, & un côté matériel

& sensible par lequel on peut les mesurer. La spéculation intellectuelle appartient à la Physique générale,

qui n'est proprement que la Métaphysique des corps ; & la mesure est l'objet des Mathématiques, dont les

divisions s'étendent presque à l'infini.

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