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Diderot et d'Alembert - Discours préliminaire de l'Encyclopédie

peut devenir un jour. Nous sommes avec un profond respect,

MONSEIGNEUR,

Vos très-humbles & très-obéissans Serviteurs,

DIDEROT & D'ALEMBERT.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE DES ÉDITEURS.

L'Encyclopédie que nous présentons au Public, est, comme son titre l'annonce, l'Ouvrage d'une société de
Gens de Lettres. Nous croirions pouvoir assûrer, si nous n'étions pas du nombre, qu'ils sont tous

avantageusement connus, ou dignes de l'être. Mais sans vouloir prévenir un jugement qu'il n'appartient

qu'aux Savans de porter, il est au moins de notre devoir d'écarter avant toutes choses l'objection la plus

capable de nuire au succès d'une si grande entreprise. Nous déclarons donc que nous n'avons point eu la

témérité de nous charger seuls d'un poids si supérieur à nos forces, & que notre fonction d'Editeurs

consiste principalement à mettre en ordre des matériaux dont la partie la plus considérable nous a été

entierement fournie. Nous avions fait expressément la même déclaration dans le corps du

Prospectus * ; mais elle auroit peut-être dû se trouver à la tête. Par cette précaution, nous

eussions apparemment répondu d'avance à une foule de gens du monde, & même à quelques gens de

Lettres, qui nous ont demandé comment deux personnes pouvoient traiter de toutes les Sciences & de

tous les Arts, & qui néanmoins avoient jetté sans doute les yeux sur le Prospectus, puisqu'ils ont

bien voulu l'honorer de leurs éloges. Ainsi, le seul moyen d'empêcher sans retour leur objection de

reparoître, c'est d'employer, comme nous faisons ici, les premieres lignes de notre Ouvrage à la détruire.

Ce début est donc uniquement destiné à ceux de nos Lecteurs qui ne jugeront pas à propos d'aller plus

loin : nous devons aux autres un détail beaucoup plus étendu sur l'exécution de l'Encyclopédie :

ils le trouveront dans la suite de ce Discours, avec les noms de chacun de nos collegues ; mais ce détail si

important par sa nature & par sa matiere, demande à être précédé de quelques réflexions philosophiques.

* Ce Prospectus a été publié au mois de Novembre 1750.

L'Ouvrage dont nous donnons aujourd'hui le premier volume, a deux objets : comme
Encyclopédie, il doit exposer, autant qu'il est possible, l'ordre & l'enchaînement des

connoissances humaines : comme Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts & des Métiers, il

doit contenir sur chaque Science & sur chaque Art, soit libéral, soit méchanique, les principes généraux

qui en sont la base, & les détails les plus essentiels qui en font le corps & la substance. Ces deux points

de vûe, d'Encyclopédie & de Dictionnaire raisonné, formeront donc le plan & la division

de notre Discours préliminaire. Nous allons les envisager, les suivre l'un après l'autre, & rendre compte

des moyens par lesquels on a tâché de satisfaire à ce double objet.

Pour peu qu'on ait réfléchi sur la liaison que les découvertes ont entre elles, il est facile de s'appercevoir
que les Sciences & les Arts se prêtent mutuellement des secours, & qu'il y a par conséquent une chaîne

qui les unit. Mais s'il est souvent difficile de réduire à un petit nombre de regles ou de notions générales,

chaque Science ou chaque Art en particulier, il ne l'est pas moins de renfermer en un système qui soit un,

les branches infiniment variées de la science humaine.

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