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Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

mon mariage. Vous êtes et vous serez ma soeur plus que jamais; en m'acceptant pour frère, vous
comblerez mes voeux et ceux de ma bien-aimée Juliette.»

Dans sa surprise, Marianne laissa retomber la lettre.

«Juliette!... Juliette!... C'est Juliette! s'écria-t-elle. Il faut que je l'apprenne à mon mari! Va-t-il être
étonné! Le voici tout juste... Venez voir, mon ami, quelle découverte je viens de faire! La femme, de

Charles, sera... Juliette! Eh bien, vous n'êtes pas surpris?

Le juge, souriant: - Je l'avais deviné dès que vous m'avez parlé du mariage arrêté de Charles, ma chère
amie! Qui pouvait-il aimer et épouser, sinon Juliette? la bonne, la douce, la charmante Juliette!

Marianne: - Puisque vous approuvez ce mariage, je n'ai rien à en dire, mais je ne puis me faire à l'idée de
voir Juliette mariée.

Le juge: - Et demain, quand vous les verrez, Marianne, soyez bonne et affectueuse pour eux; depuis
quelque temps vous n'êtes plus pour Juliette la soeur tendre et dévouée que vous étiez jadis. Et, quant à

Charles, vous étiez tout à fait en froid avec lui.

Marianne: - C'est vrai! Je leur en voulais de s'obstiner à ne pas se quitter, et de retarder ainsi mon union
avec vous. Charles rejetait tous les partis que je lui offrais, et Juliette refusait de venir demeurer avec moi

chez vous.

Le juge: - Mais nous voici enfin mariés, chère Marianne, et vous n'avez plus de raison de leur en vouloir.

Marianne, souriant: - Aussi suis-je toute disposée à obéir à votre première injonction, et à leur témoigner
toute ma satisfaction. Nous irons les voir demain de bonne heure, n'est-ce pas?

Le juge: - A l'heure que vous voudrez, chère amie, je suis à vos ordres.»

XXIII. CHACUN EST CASÉ SELON SES MÉRITES

Effectivement, le lendemain à neuf heures, Marianne et son mari arrivaient chez Charles et Juliette au
moment où ces derniers rentraient de la messe et commençaient leur déjeuner. Marianne courut

embrasser Juliette, qui la serra tendrement dans ses bras.

Juliette: - Tu sais tout maintenant, Marianne. Tu comprends l'obstination de Charles à ne pas vouloir se
marier, et la mienne de ne pas vouloir m'en séparer. Charles craignait ton opposition, et moi, je songeais

si peu à la possibilité de me marier et d'être la femme de Charles, que je n'avais d'autre pensée que de

rester près de lui, n'importe à quelles conditions. Marianne: - Je comprends et j'approuve tout, ma bonne

Juliette. Quel dommage que Charles ne m'en ait pas parlé plus tôt!

Charles: - J'étais si jeune, Marianne, que vous m'auriez traité de fou; c'est à peine si ces jours derniers j'ai
osé m'en ouvrir à Juliette. Marianne: - A mon tour à demander: A quand la noce?

Charles: - Le plus tôt sera le mieux. Si Monsieur le juge veut bien tout arranger, nous pourrons être
mariés dans huit ou dix jours.

Le juge: - C'est arrangé de ce matin, Charles. Et dans huit jours tu peux te marier, à moins que Juliette ne
dise non.

Juliette: - Ce ne sera pas de moi que viendra l'opposition, mon frère.

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