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Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

proposées; et puis, Marianne voulait me faire épouser cette petite de tout à l'heure! Elle a un an de plus
que toi, Betty me l'a dit; elle en est certaine... Tes objections sont levées, ma Juliette; maintenant décide

de mon sort, de notre vie.»

Au lieu de répondre, Juliette tendit ses deux mains à Charles, qui les baisa avec émotion. Ils gardèrent
quelque temps le silence.

«Qui aurait pu deviner un pareil dénouement dit enfin Charles, quand je faisais cinquante sottises, quand
tu me grondais, quand je n'étais devant toi qu'un pauvre petit garçon? Qui aurait pu deviner que ce petit

diable serait aimé de toi, serait ton ami, ton mari?

Juliette, riant: - Et qui aurait pu deviner que ce petit diable deviendrait le plus sage, le plus excellent, le
plus dévoué des hommes; qu'il saurait dominer l'impétuosité de son caractère pour se faire l'esclave de la

pauvre aveugle, et qu'il lui donnerait le bonheur auquel elle ne pouvait prétendre, celui d'être aimée pour

elle-même, et d'unir sa vie à celui qu'elle aime par dessus tout, après Dieu.»

Ils causèrent longtemps encore; et quand Marianne rentra, elle les trouva comme elle les avait quittés,
causant gaiement... de leur avenir qu'elle ignorait. Ils étaient convenus de ne rien dire à Marianne; tous

deux étaient libres de leurs actions; Juliette avait déjà souffert du refroidissement de sa soeur à son égard,

depuis qu'elle avait refusé de la suivre chez le juge: elle avait ainsi retardé ce mariage que Marianne

désirait vivement; elle craignait que sa soeur ne fît naître des difficultés pour le sien, qu'elle ne blâmât

Charles d'épouser une aveugle, une femme plus âgée que lui. Charles partageait les défiances de Juliette,

et ils résolurent de ne faire connaître leur mariage que lorsque celui de Marianne serait accompli. Ils ne

lui parlèrent donc pas de ce qu'ils venaient de décider.

Marianne: - Pourquoi te couches-tu si tard, Juliette? Il va être dix heures! C'est ridicule!

Charles: - En quoi, ridicule? Nous ne gênons personne. Vous n'étiez pas encore rentrée, et Betty et
Donald sont couchés depuis longtemps.»

Marianne les regarda avec indignation et se retira chez elle.

Juliette, se levant: - Marianne a raison; il est tard. Je dois aussi me coucher, Charles. Ramène-moi dans
ma chambre; Marianne m'a oubliée. A demain, mon ami.

Charles: - Il n'y a pas de danger que je t'oublie, moi, ma Juliette. A demain. Te voici chez toi.»

Charles la quitta; ni lui ni Juliette n'oublièrent, avant de se coucher, de rendre grâces à Dieu de l'avenir si
plein de calme et de bonheur qu'il leur avait enfin assuré.

XXII. MARIANNE SE MARIE. TOUT LE MONDE SE MARIE

Le lendemain, Marianne reçut de bonne heure, pendant que Charles et Juliette étaient à la messe, la visite
du juge accompagné de M. Turnip. La visite fut longue, la conversation animée. Ils se séparèrent

gaiement; mais, après le départ du juge et de M. Turnip, Marianne resta soucieuse et pensive. Quand

Charles et Juliette rentrèrent, ils la trouvèrent le coude appuyé sur la table devant laquelle elle était

assise, et la main soutenant son front brûlant. Ils lui dirent bonjour en l'embrassant.

«Charles, dit-elle avec embarras, j'ai à te parler sérieusement, ainsi qu'à toi, Juliette. Je viens de voir M.
Turnip.»

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