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Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

Charles et Juliette abrégèrent leur promenade, parce que Charles ne voulait pas laisser Marianne tout
préparer à elle seule, pour leur souper. Après le repas vint le coucher; on s'aperçut, au dernier moment,

qu'on n'avait pas de lit pour Charles. Il proposa de coucher sur deux ou trois chaises, mais Juliette s'y

refusa absolument; elle coucha avec Marianne, et abandonna son lit à Charles, malgré une résistance

désespérée.

XIX. CHARLES HÉRITIER ET PROPRIÉTAIRE

Charles s'éveilla de bonne heure; il eut de la peine à quitter son excellent lit, mais il voulait aller savoir
des nouvelles de la malade avant de mener Juliette à la messe; il était cinq heures; il n'avait pas de temps

à perdre. Il sauta donc à bas de son lit, courut à la cuisine pour faire ses ablutions, se lava de la tête aux

pieds dans un baquet d'eau bien fraîche, se peigna, se brossa, revêtit ses habits usés, percés et sans

couleur définie, et sortit au moment où Marianne entrait pour faire le feu et apprêter le déjeuner.

Marianne: - Déjà prêt, Charlot? Et où vas-tu donc si matin?

Charles: - Je vais savoir des nouvelles de ma cousine et donner à Betty une heure et demie de repos; il est
près de six heures, je serai de retour à sept et demie.

Marianne: Va, va, mon ami; c'est très bien. Reviens exactement à l'heure dite; sans exactitude, un
ménage marche tout de travers; il faut qu'un peu avant huit heures nous ayons déjeuné, et que je sois

prête à partir pour t'acheter un lit, des vêtements, du linge, tout ce qui te manque, enfin; et, après, j'irai en

journée chez M. le juge.

Charles: - Je serai exact, à moins qu'on ne me retienne prisonnier, ce que je ne pense pas.»

Charles courut chez Mme Mac'Miche, qu'il trouva dans un état de plus en plus alarmant. La nuit avait été
affreuse; elle avait repoussée le curé une partie de la nuit, le prenant pour un des voleurs de son trésor.

Mais à force de douceur, de charité, d'exhortations affectueuses et paternelles, le curé était parvenu à s'en

faire écouter; il obtint même une confession, quoique incomplète, car elle l'interrompit plusieurs fois

pour crier: «Je ne veux pas parler des cinquante mille francs de Charles; on me les reprendrait». Depuis,

elle avait paru plus calme; mais quand le curé, harassé de fatigue, se retira pour prendre deux ou trois

heures de repos, elle fut reprise de son agitation, qui alla toujours en augmentant jusqu'à l'arrivée de

Charles. La pauvre Betty était exténuée; Donald dormait et ronflait dans un fauteuil, après avoir veillé

toute la nuit. Charles promit à Betty de lui chercher et de lui envoyer une femme pour la remplacer, et il

prit son allure ordinaire pour avertir Marianne de ce qui se passait.

Marianne: - C'est moi qui irai remplacer Betty; elle va manger un morceau, se coucher et dormir jusqu'au
soir; et moi, après avoir fait mes emplettes, je passerai la journée-là-bas au lieu d'aller chez le juge de

paix. Va le prévenir, Charlot; dis-lui pourquoi je n'y vais pas aujourd'hui. Je te confie ma pauvre Juliette;

soigne-la, et vois à faire le dîner et le souper de ton mieux pour nous tous, car il faut bien que nous

donnions à manger à Betty et au garde-malade qu'elle s'est choisi pour adjoint.

Charles: - Mais vous, Marianne, vous n'allez pas rester toute la journée chez ma cousine? Quelle fatigue
pour vous! Et quel spectacle que cette pauvre femme mourante qui ne songe qu'à son or!

Marianne: - Tu m'enverras quelqu'un pour me relayer à l'heure du dîner; le soir, Betty reprendra son
poste près de la malade, et moi le mien près de Juliette.»

Charles fit la commission de Marianne au juge, qui le reçut très amicalement et qui promit d'envoyer sa

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