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Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

Betty: - Ne va pas faire comme tantôt et disparaître quand ta cousine te demandera. Elle se doute de
quelque chose, va; nous ne réussirons pas une autre fois. Cette clef que j'avais si adroitement posée sur

son ouvrage! Ton visage enfariné, tes convulsions, les miennes; tout ça n'est pas clair pour elle.

Charles: - Je me suis pourtant trouvé bien à propos pour rentrer à temps dans ma prison!

Charles: - C'est égal, c'est trop fort! Elle croit bien aux fées, mais pas à ce point. Sois prudent,
crois-moi.»

Charles sortit, mais au lieu de rentrer chez sa cousine, il ouvrit comme le matin la porte du jardin et
courut chez Juliette. Voilà trois fois qu'il y va; nous allons le suivre et savoir ce que c'est que Juliette.

II. L'AVEUGLE

«Comment, te voilà encore, Charles? dit Juliette en entendant ouvrir la porte.

Charles: - Comment as-tu deviné que c'était moi?

Juliette: - Par la manière dont tu as ouvert; chacun ouvre différemment, c'est bien facile à reconnaître.

Charles: - Pour toi, qui es aveugle et qui as l'oreille si fine; moi, je ne vois aucune différence; il me
semble que la porte fait le même bruit pour tous.

Juliette: - Qu'as-tu donc, pauvre Charles? Encore quelque démêlé avec ta cousine? Je le devine au son de
ta voix.

Charles: - Eh! mon Dieu oui! Cette méchante, abominable femme me rend méchant moi-même. C'est
vrai, Juliette: avec toi, je suis bon et je n'ai jamais envie de te jouer un tour ou de me fâcher; avec ma

cousine, je me sens mauvais et toujours prêt à m'emporter.

Juliette: - C'est parce qu'elle n'est pas bonne, et que toi, tu n'as ni patience ni courage.

Charles: - C'est facile à dire, patience; je voudrais bien t'y voir; toi qui es un ange de douceur et de bonté,
tu te mettrais en fureur.»

Juliette sourit.

«J'espère que non, dit-elle.

Charles: - Tu crois ça. Écoute ce qui m'arrive aujourd'hui depuis la première fois que je t'ai quittée; à ma
seconde visite, je ne t'ai rien dit parce que j'avais peur que tu ne me fisses rentrer chez moi tout de suite; à

présent j'ai le temps, puisque ma cousine dort, et tu vas tout savoir.»

Charles raconta fidèlement ce qui s'était passé entre lui, sa cousine et Betty.

«Comment veux-tu que je supporte ces reproches et ces injustices avec la patience d'un agneau qu'on
égorge?

Je ne t'en demande pas tant, dit Juliette en souriant; il y a trop loin de toi à l'agneau; mais, Charles,
écoute-moi. Ta cousine n'est pas bonne, je le sais et je l'avoue; mais c'est une raison de plus pour la

ménager et chercher à ne pas l'irriter. Pourquoi es-tu inexact, quand tu sais que cinq minutes de retard la

mettent en colère?

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