bibliotheq.net - littérature française
 

Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

Juliette: - Il est allé près de Mme Mac'Miche, dans le cas où elle viendrait à s'éveiller et qu'elle aurait
besoin de quelque chose. Il m'a demandé la permission d'y aller. C'est un bon sentiment, et je l'y ai

encouragé.

Marianne: - Et tu as bien fait, Juliette! et Charles est un bon coeur, un brave garçon! C'est bien, ça! Ce
que tu me dis m'attache à lui et me fait bien plaisir!»

Juliette embrassa sa soeur; elle avait des larmes dans les yeux. Betty, qui finissait son dîner, ploya sa
serviette, remercia Marianne et disparut.

XVII. BON MOUVEMENT DE CHARLES. IL S'OUBLIE AVEC LE CHAT

Charles avait été touché de l'accident fâcheux arrivé à sa vieille cousine; il eut la bonne pensée d'expier
les tours innombrables qu'il lui avait joués, en aidant Betty à la soigner pendant sa maladie, qui pouvait

être longue. Il remit donc son dîner à son retour et courut chez la cousine Mac'Miche. Quand il arriva,

elle était déjà retombée dans son délire; elle appelait au secours pour garder son or qu'on lui volait; elle

passait des larmes du désespoir aux cris de colère et d'effroi. Elle ne reconnut pas Charles et le supplia de

lui rendre son or, son pauvre or.

Charles pensa que cette grande et dangereuse agitation serait peut-être calmée par la vue de cet or tant
aimé, tant regretté: il trouva une double clef qui était dans un tiroir, ouvrit la cassette, y trouva une autre

clef, celle de la caisse; et, se souvenant de la place indiquée, il poussa l'armoire, qu'il savait facile à

remuer, vit la serrure dans le mur, ouvrit encore et trouva, après quelques recherches, le trésor bien-aimé;

il prit les rouleaux d'or, referma le reste, et posa les rouleaux sur le lit de Mme Mac'Miche, à portée de

ses mains; puis il s'assit et attendit.

Elle ne tarda pas à ouvrir les yeux, à regarder ses mains vides.

«Rien! dit-elle à mi-voix, rien!»

Puis, apercevant ses rouleaux d'Or, elle poussa un cri de joie, les saisit, les passa d'une main dans l'autre,
les baisa, les ouvrit, les compta, les baisa encore, aperçut Charles et le regarda avec effroi.

- «Pourquoi viens-tu? Tu veux me voler mon or?

Charles: - Rassurez-vous, ma cousine! C'est moi, au contraire, qui vous l'ai rapporté.

Madame Mac'Miche: - Toi! Oh! Charles! mon ami, mon sauveur! C'est toi? Eh! Charles! que tu es bon!
Ne le dis à personne! Il me le reprendrait, cet infâme juge! Où le mettre? Où le cacher?

Charles: - Sous votre oreiller, ma cousine! Personne n'ira l'y chercher.»

Mme Mac'Miche le regarda avec méfiance.

«J'aime mieux tout garder dans mes mains», dit-elle.

Elle s'agita, eut l'air de chercher.

«J'ai soif; Betty ne m'a rien donné.»

Charles courut chercher quelques groseilles dans le jardin, les écrasa dans un verre d'eau, y ajouta du
sucre et le présenta à Mme Mac'Miche. Elle but avec avidité.

< page précédente | 67 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.