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Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

les prit, les compta, dressa un procès-verbal de la rentrée en possession, prit ensuite six mille francs en
or, provenant des intérêts durant trois ans. «Je laisse à Mme Mac'Miche, dit-il, quinze cents francs pour

payer la pension du pauvre Charles pendant les trois années de privations et de martyre qu'il a passées

chez elle. Je vais remettre les six mille à Marianne pour sa dépense courante, et garder les cinquante

mille francs pour les lui verser entre les mains quand elle sera définitivement tutrice de Charles.

XVI. MADAME MAC'MICHE FILE UN MAUVAIS COTON

Ces messieurs rentrèrent chez Marianne. où ils trouvèrent Mme Mac'Miche revenue de son
évanouissement, mais d'une pâleur livide. En apercevant les rouleaux d'or que le juge de paix remit à

Marianne, elle se dressa en poussant un rugissement comme une lionne à laquelle on arrache ses

lionceaux, et retomba aux pieds du juge de paix.

«Malheureusement créature! dit-il en la regardant avec dégoût. L'amour de l'or et le chagrin d'en perdre
une partie sont capables de la faire mourir. Qu'allez-vous en faire, Marianne?

Marianne: - Si vous vouliez bien vous en charger, Monsieur le juge? Ici nous n'avons pas de place;
impossible de la garder.

Le juge: - Où est Betty? Si on pouvait l'avoir, elle consentirait bien, je pense, à soigner son ancienne
maîtresse.

Charles: - Betty est restée chez sa coeur, la blanchisseuse.

Marianne: - Veux-tu aller la chercher, Charlot? Elle s'établirait chez la cousine Mac'Miche...

Charles: - J'y cours;... mais... si j'emmenais la pauvre Juliette, qui est si pale: l'air lui fera du bien.

Juliette: - Oh oui! mon bon Charles, emmène-moi! Je suffoque! J'ai besoin d'air et de mouvement.»

Charles passa le bras de Juliette sous le sien, et ils allèrent ensemble proposer a Betty de reprendre son
service chez Mme Mac'Miche. Betty refusa d'abord, puis elle céda aux instances de Charles et de Juliette.

«Écoute, lui dit Charles, en la soignant tu feras un acte de charité, et tu y seras bien plus agréablement,
puisque nous sommes riches a présent et que tu ne manqueras de rien. D'ailleurs, si elle est trop

méchante, si elle t'ennuie trop, tu t'en iras et tu viendras chez nous ou chez ta soeur.

Ces raisons décidèrent Betty; elle les accompagna chez Marianne. En route ils rencontrèrent le charretier
qui avait eu jadis une bataille avec Mme Mac'Miche et qui était resté dans le pays; Betty lui demanda de

vouloir bien l'aider à transporter sa maîtresse chez, elle. Il entra donc chez Marianne, pendant que

Charles, qui redoutait de mettre Juliette en présence de Mme Mac'Miche, lui proposa de continuer leur

promenade en dehors du bourg.

«Bien le bonjour, Madame, dit le charretier en entrant. C'est-y ça la bourgeoise qu'il faut ramener chez
elle? Qu'est-ce qu'elle a donc? Elle est blanche comme un linceul. On dirait d'une morte!

Betty: - Non, non, elle n'est pas morte, allez. Est-ce que les méchantes gens meurent comme ça! Le bon
Dieu les conserve pour leur donner le temps du repentir; et puis pour la punition des vivants.

Le charretier: - Voyons, faut-il que je l'emporte?

Betty: - Oui, si vous voulez bien; elle n'est pas lourde, je pense; elle vit d'air, par économie. Le charretier,

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