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Comtesse de Ségur - Un bon petit diable

«Horreur! s'écria-t-il. C'est affreux! des nerfs à la chandelle!

Betty: - Ah! je vois! Madame se sera sans doute trompée; elle aura versé dans les plats de ces Messieurs
le ragoût des enfants.

Old Nick: - Va voir ça! C'est détestable! Je meurs de faim!»

Betty revint d'un air consterné.

«Il n'y a plus rien, Monsieur; Madame dit que c'est bien le plat des maîtres qu'elle a servi.»

M. Old Nick n'osa pas se laisser aller à sa colère; sa femme avait fait le dîner; c'était elle qui avait versé
dans le plat... Il ne disait rien, Betty s'écria:

«C'est l'homme noir, Monsieur; bien sûr c'est l'homme noir!

Old Nick: - Tais-toi! Ne m'ennui pas de tes sornettes! L'homme noir a bon dos. Je finirai bien par
découvrir cet affreux homme noir.»

Betty riait sous cape; elle savait bien où avait passé le dîner des maîtres. Il était dans les estomacs des
enfants. Profitant des cris poussés à la porte de la cave, Betty avait donné à Charles ses instructions; il les

avait mises à profit; les enfants s'étaient éclipsés sans bruit, et l'avaient suivi à la cuisine abandonnée; ils

prirent, d'après les indications de Betty, la soupe, la viande, les légumes des maîtres, et mangèrent tout

avec délices; ensuite Charles versa dans les casseroles vidées la soupe, la viande, les: légumes destinés

aux enfants, et remit le tout au feu comme l'avait laissé Mme Old Nick. Ils allèrent au réfectoire après

avoir fini leur repas, et ils y étaient installés depuis peu d'instants quand les maîtres firent leur entrée.

Personne ne devina le tour; et pourtant Old Nick avait des soupçons; trop de choses merveilleuses se

passaient depuis quelques jours dans sa maison; il ne croyait que vaguement aux fées et à l'homme noir,

et il résolut de surveiller plus que jamais les démarches des enfants, surtout celles de Charles, qu'il

soupçonnait plus particulièrement. Les surveillants partageaient la méfiance de Old Nick, de sorte qu'à

tout hasard ils donnaient à Charles, pour le plus léger manquement, des coups de fouet, des coups de

pied, des coups de poing qui le mettaient hors de lui et l'excitaient à la vengeance.

«Nous voici déjà à lundi, pensa Charles en s'éveillant le lendemain à six heures. Aujourd'hui M. Old
Nick doit faire une enquête sur les événements; personne des camarades ne me trahira; je suis maître de

la position, et demain, mardi, je me ferai renvoyer de cette affreuse maison.» Ce matin encore, la cloche

n'avait pas sonné; Charles avait cette fois détaché la cloche elle-même. Quand il fut éveillé à quatre

heures et demie par le petit bruit accoutumé, il voulut, comme les jours précédents, remettre la cloche;

mais, au moment où il approchait de la fenêtre, il aperçut M. Old Nick qui s'était embusqué au pied du

mur pour prendre le malfaiteur; il rentra bien vite la tête, referma sans bruit la fenêtre et se trouva

possesseur de la cloche.

«Qu'en ferai-je? pensa-t-il. La cacher dans ma paillasse est impossible; on la trouverait de suite; elle est
trop grosse... Ah! une idée!» Charles prit la cloche, la porta dans un cabinet attenant au dortoir et l'y

laissa. Tranquille de ce côté, il se recoucha et se rendormit.

XIII. ENQUÊTE - DERNIERS TERRIBLES PROCÉDÉS DE CHARLES

On se réveilla pourtant, on se leva, on s'habilla, on déjeuna, et, en guise de récréation, l'enquête de M.
Old Nick en personne fut annoncée, et les enfants furent tous rangés autour de la grande salle d'étude. M.

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