bibliotheq.net - littérature française
 

Comtesse de Ségur - Pauvre Blaise

tu as raison;... céder, c'est mieux... Mais toi, toi, pauvre enfant, qui ne penses jamais à toi-même, tu
souffriras.

- Pas autant que je l'avais craint, puisque je vous verrai, vous, cher Monsieur le comte,... car... vous
continuerez à me visiter et à me donner des nouvelles de ce bon M. Jules et de cette excellente Mlle

Hélène, toujours si bonne pour moi.

- Moi! tous les jours, mon enfant! tous les jours! c'est un besoin pour mon coeur. Tu sais si je t'aime! Tu
serais mon fils, je ne pourrais t'aimer davantage.»

Le comte embrassa une dernière fois le pauvre Blaise, qui s'en alla fort triste, mais un peu consolé par les
paroles affectueuses du comte.

«Eh bien! mon Blaisot? lui cria Anfry, du plus loin qu'il le vit.

- Rien de bon, papa, répondit Blaise, mais pas trop mauvais non plus.

- Encore les yeux rouges, mon pauvre garçon! Ces satanés gens te feront mourir de peine!

- Pas de danger, papa, dit Blaise en s'efforçant de sourire. Il n'y a que le premier moment qui vous
emporte quelquefois... Avec la réflexion, on se résigne...

ANFRY

Tu passeras donc ta vie à te résigner, mon pauvre Blaise?

BLAISE

Sans doute, papa, et c'est un vrai bonheur que le chagrin; cela vous ramène toujours au bon Dieu: on prie
mieux en apprenant à souffrir; le bon Dieu est là qui vous aide et qui vous console si bien!

ANFRY

Et pourtant tu as pleuré!... et tu pleures encore... Tiens, tiens, les larmes roulent sur tes pauvres joues
amaigries.

BLAISE

Ce n'est rien, papa; c'est un reste qui va s'en aller quand j'aurai fait une petite visite au bon Dieu dans son
église.»

Blaise raconta à son père la cause de son nouveau chagrin, en atténuant avec sa bonté accoutumée les
paroles dures et injurieuses de la comtesse. Anfry contenait avec peine sa colère; il connaissait assez la

comtesse pour deviner ce que la charité de Blaise lui cachait. Quand le récit fut fini, il serra Blaise dans

ses bras à plusieurs reprises, mais sans dire une parole, et le laissa aller chercher près du bon Dieu sa

consolation accoutumée contre les chagrins qu'il supportait avec une fermeté au-dessus de son âge.

XVIII. LA COMTESSE DE TRÉNILLY

La comtesse était restée debout au milieu de sa chambre, surprise et troublée des paroles de Blaise, de
l'accent digne et ferme qui l'avait dominée malgré elle, et de l'explosion de chagrin qui avait terminé ses

paroles.

< page précédente | 99 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.