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Comtesse de Ségur - Pauvre Blaise

- Il faut bien qu'il le sache, puisqu'elles seront sur son compte.

- Est-il innocent, celui-là? On ne les portera pas sur le compte de M. Jules; si le cent a coûté trois francs,
on mettra: demi-cent de billes, trois francs. Voilà comme les tiennes seront payées par les siennes.

- Ce que vous voulez me faire faire, Monsieur, est tout simplement un vol. Je ne prêterai jamais les mains
à une friponnerie, quelque petite qu'elle soit. Le bon Dieu me retirerait sa protection; c'est alors que je

serais malheureux et méprisable.

- Voyez-vous ce bel excès de vertu qui prend à monsieur Blaise! Tu as oublié tes friponneries de l'année
dernière.

- Je n'ai pas commis de friponneries, répondit Blaise avec calme et dignité. Le bon Dieu m'a toujours
protégé contre le mal.

- Tiens, va-t'en avec ta morale, tu nous ennuies à la fin. Ce que je te disais était pour rire; tu l'as pris au
sérieux comme un nigaud.

- Tant mieux pour vous, Monsieur», dit Blaise en se retirant.

«Il n'y a rien à faire de ce garçon-là, dirent les domestiques au bout de quelques instants. Il ne faut plus
rien lui offrir. Attendons qu'il demande. Nous nous compromettrions.»

XV. L'AVEU PUBLIC

La convalescence de Jules marcha rapidement; il avait repris une gaieté qui l'avait abandonné depuis
longtemps; souvent il causait avec son père de sa vie passée, du mal qu'il avait fait au pauvre Blaise, de

ses tyrannies envers sa soeur toujours bonne et douce. Il ne trouvait pas avoir suffisamment réparé ses

torts envers Blaise; il semblait méditer un projet qu'il ne voulait découvrir à personne.

«Papa, disait-il, j'attends le retour de maman et d'Hélène pour achever ma réparation à Blaise: ce sera une
bonne manière de me préparer à la première communion que nous devons faire ensemble.

LE COMTE

Que veux-tu donc faire de mieux que ce que tu fais maintenant, mon pauvre Jules? Blaise semble être
parfaitement heureux.

JULES

Papa, Blaise se contentera toujours de peu; mais il m'a beaucoup parlé, depuis ma maladie, de ses devoirs
envers Dieu, envers les hommes et envers lui-même; il m'a expliqué sur les motifs de sa conduite des

choses que je n'aurais jamais sues sans lui; M. le curé, qui vient tous les jours, me dit aussi de bonnes

choses; vous verrez, papa, que ce que je veux faire sera bon et vous fera plaisir. Car, vous aussi, cher

papa, vous êtes tout changé. Depuis que vous couchez dans ma chambre, je vois bien comme vous priez

et comme vous pleurez en priant; j'ai bien vu que vous causiez avec le curé; c'est tout cela qui fait du

bien, papa; votre exemple m'encourage, me donne de bonnes pensées que je n'avais jamais eues

auparavant... C'est singulier.

LE COMTE

Non, mon ami. C'est très naturel. Comme je te l'ai dit le jour où je me suis montré pour la première fois

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