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Comtesse de Ségur - Pauvre Blaise

de mon coeur, que je dois de savoir aimer Dieu et prier. Et toi aussi, mon fils, mon cher fils, c'est lui qui
le premier t'a donné des sentiments de repentir; il t'a touché par sa patience, sa charité, sa générosité, son

admirable humilité.

- C'est vrai, papa! Mais vous savez donc tout? ajouta Jules en souriant.

- Tout, mon ami, tout, dit le comte, enchanté de ce sourire, le premier qu'il eût vu sur les lèvres de Jules
depuis plusieurs semaines. Et à présent que tu es tranquille sur mes sentiments à ton égard, tâche de te

reposer, tu es faible, bien faible encore.

- Papa, j'ai faim. Quand j'aurai pris quelque chose, je reposerai mieux.

- Tu as faim? tant mieux, mon enfant. Blaise, mon ami, va lui chercher une petite tasse de bouillon de
poule.»

Blaise ne fit qu'un saut du lit de Jules à la porte; il courut annoncer la bonne nouvelle de la convalescence
de Jules, et demanda un bouillon, qu'on fit chauffer avec empressement.

Pendant son absence, Jules prit la main de son père, la baisa à plusieurs reprises, le regarda fixement et
dit avec hésitation:

«Papa,... papa, Blaise est mon frère.

- Et mon second fils, mon cher Jules; je suis heureux de te voir devancer ma pensée.»

Blaise rentra avec la tasse de bouillon, que Jules but avec avidité. A partir de ce moment la
convalescence s'établit et marcha rapidement. M. de Trénilly continua à veiller près de Jules, mais il ne

voulut pas souffrir que Blaise continuât de nuit le rôle de garde-malade. Il le renvoya coucher ce même

soir chez son père. Blaise avait réellement besoin de repos; il avait à peine sommeillé pendant les sept

jours du danger de Jules; la nuit comme le jour, il était avec le comte, toujours au chevet du lit. Le comte

avait voulu plusieurs fois l'envoyer passer au moins une nuit chez ses parents, mais Blaise avait toujours

refusé; il se bornait à y courir matin et soir pour donner des nouvelles de Jules. pour se débarbouiller et

changer de vêtements. - Blaise raconta à ses parents tout ce qui s'était passé ce jour-là; il s'étendit avec

bonheur dans son lit, après avoir remercié le bon Dieu de ses bienfaits; il ne tarda pas à s'endormir et ne

se réveilla que le lendemain au grand jour.

XIV. LES DOMESTIQUES

Les parents de Blaise avaient déjà achevé de déjeuner quand il entra dans la cuisine, un peu honteux de
sa longue nuit; mais son père le rassura en lui disant que ce sommeil avait été nécessaire pour le reposer

de tant de jours et de nuits passés dans l'inquiétude et les veilles. Blaise se dépêcha de déjeuner et courut

au château pour reprendre son poste près de Jules. La nuit avait été excellente, et le sommeil de Jules

n'avait été interrompu que deux fois, par le besoin de prendre de la nourriture; il avait bu du bouillon; le

médecin, qui sortait d'auprès de lui, avait permis des soupes, et Jules était en train d'en manger une quand

Blaise entra. M. de Trénilly alla à lui et l'embrassa avec tendresse, à la grande surprise du domestique qui

avait apporté la soupe. Jules lui tendit la main en souriant, ce qui augmenta l'étonnement du domestique.

«Eh bien, mes amis, dit-il à ses camarades en rentrant à l'office, voilà du nouveau! Si je ne l'avais pas vu,
je ne le croirais pas! M. le comte qui embrasse le petit Anfry, et M. Jules qui lui tend la main et qui lui

sourit!

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