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Comtesse de Ségur - Pauvre Blaise

- Erreur, quand la preuve est là sous mes yeux? dit le comte, frémissant de colère.

ANFRY

Mille excuses, monsieur le comte, si je prends la liberté de vous demander ce que vous supposez!

LE COMTE

Je suppose que votre fils est un vaurien, et vous un insolent. Ces fleurs sont à moi, volées par votre fils,
qui vous a fait je ne sais quel conte pour expliquer leur possession.

ANFRY

Blaise n'a jamais dit que les fleurs fussent à lui, Monsieur le comte, et la preuve c'est que les voilà prêtes
à être placées sur cette brouette, pour les ramener au jardinier de M. le comte; Blaise les a ramassées

lorsqu'elles venaient d'être brisées et piétinées par M. Jules, et il me les a apportées pour les mettre en

bon état et les rendre à votre jardinier avant que vous vous soyez aperçu de l'accident arrivé à ces fleurs.

Voilà toute la vérité, Monsieur le comte; et si vous voulez vous donner la peine d'examiner les tiges, vous

verrez encore la place des brisures.»

M. de Trénilly était fort embarrassé de son accusation précipitée; il entrevit quelque chose de défavorable
à Jules, et, ne voulant pas approfondir davantage l'affaire, il tourna le dos sans parler, et s'en alla aussi

vite qu'il était venu.

«Merci, papa, de m'avoir bien défendu, dit Blaise; sans vous il m'aurait battu avec sa canne.

- S'il t'avait touché, j'aurais à l'heure même quitté son service, répondit Anfry, et je ne dis pas que j'y
resterai longtemps; le fils te joue de mauvais tours toutes les fois qu'il te demande pour s'amuser avec toi,

et le père...; enfin je ne ferai pas de vieux os ici.»

Cette fois, Blaise se promit de n'accepter aucune invitation de Jules.

IX. LES POULETS

«Maman, dit un jour Hélène, j'ai trouvé dans un buisson quatre oeufs de poule; la fermière dit que ce sont
les poules Crève-Coeur qui perdent leurs oeufs; j'ai envie d'en faire une omelette que nous mangerons ce

soir, Jules et moi.

- Au lieu de manger des oeufs qui ne sont probablement pas frais, tu ferais mieux, Hélène, de les faire
couver, répondit Mme de Trénilly.

- C'est vrai, maman, je n'y pensais pas. Je vais vite les porter à la ferme pour les faire couver.»

Hélène courut porter ses oeufs à la ferme, mais elle fut désappointée en apprenant par la fermière que
dans le moment il n'y avait pas une poule qui voulût couver.

«Mais, ajouta la fermière, vous pouvez porter vos oeufs chez Anfry, Mademoiselle; il a une excellente
couveuse qui vous fera bien éclore vos oeufs; on n'a qu'à les lui faire voir, elle se mettra à couver

sur-le-champ.»

Hélène remercia et courut chez Anfry.

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