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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

membranes muqueuses, de l'autre, le principe spirituel qui préside aux fonctions physiologiques de la
chair. Ce sont des êtres doués d'une énergique vie qui, les bras croisés et la poitrine en arrêt, poseront

prosaïquement (mais, je suis certain que l'effet sera très poétique) devant votre visage, placés seulement à

quelques pas de vous, de manière que les rayons solaires, frappant d'abord les tuiles des toits et le

couvercle des cheminées, viendront ensuite se refléter, visiblement sur leurs cheveux terrestres et

matériels. Mais, ce ne seront plus des anathèmes, possesseurs de la spécialité de provoquer le rire; des

personnalités fictives qui auraient bien fait de rester dans la cervelle de l'auteur; ou des cauchemars

placés trop au-dessus de l'existence ordinaire. Remarquez que, par cela même, ma poésie n'en sera que

plus belle. Vous toucherez avec vos mains des branches ascendantes d'aorte et des capsules surrénales; et

puis des sentiments! Les cinq premiers récits n'ont pas été inutiles; ils étaient le frontispice de mon

ouvrage, le fondement de la construction, l'explication préalable de ma poétique future: et je devais à

moi-même, avant de boucler ma valise et me mettre en marche pour les contrées de l'imagination,

d'avertir les sincères amateurs de la littérature, par l'ébauche rapide d'une généralisation claire et précise,

du but que j'avais résolu de poursuivre. En conséquence, mon opinion est que, maintenant, la partie

synthétique de mon oeuvre est complète et suffisamment paraphrasée. C'est par elle que vous avez appris

que je me suis proposé d'attaquer l'homme et Celui qui le créa. Pour le moment et pour plus tard, vous

n'avez pas besoin d'en savoir davantage! Des considérations, nouvelles me paraissent superflues, car elles

ne feraient que répéter, sous une autre forme, plus ample, il est vrai, mais identique, l'énoncé de la thèse

dont la fin de ce jour verra le premier développement. Il résulte, des observations qui précèdent, que mon

intention est d'entreprendre, désormais, la partie analytique; cela est si vrai qu'il n'y a que quelques

minutes seulement, que j'exprimai le voeu ardent que vous fussiez emprisonné dans les glandes

sudoripares de ma peau, pour vérifier la loyauté de ce que j'affirme, en connaissance de cause. Il faut, je

le sais, étayer d'un grand nombre de preuves l'argumentation qui se trouve comprise dans mon théorème;

eh bien, ces preuves existent, et vous savez que je n'attaque personne, sans avoir des motifs sérieux! Je

ris à gorge déployée, quand je songe que vous me reprochez de répandre d'amères accusations contre

l'humanité, dont je suis un des membres (cette seule remarque me donnerait raison!) et contre la

Providence: je ne rétracterai pas mes paroles; mais, racontant ce que j'aurai vu, il ne me sera pas difficile,

sans autre ambition que la vérité, de les justifier. Aujourd'hui, je vais fabriquer un petit roman de trente

pages; cette mesure restera dans la suite à peu près stationnaire. Espérant voir promptement, un jour ou

l'autre, la consécration de mes théories acceptée par telle ou telle forme littéraire, je crois avoir enfin

trouvé, après quelques tâtonnements, ma formule définitive. C'est la meilleure: puisque c'est le roman!

Cette préface hybride a été exposée d'une manière qui ne paraîtra peut-être pas assez naturelle, en ce sens

qu'elle surprend, pour ainsi dire, le lecteur, qui ne voit pas très bien où l'on veut d'abord le conduire;

mais, ce sentiment de remarquable stupéfaction, auquel on doit généralement chercher à soustraire ceux

qui passent leur temps à lire des livres ou des brochures, j'ai fait tous mes efforts pour le produire. En

effet, il m'était impossible de faire moins, malgré ma bonne volonté: ce n'est que plus tard, lorsque

quelques romans auront paru, que vous comprendrez mieux la préface du renégat, à la figure fuligineuse.

* * * * *

Avant d'entrer en matière, je trouve stupide qu'il soit nécessaire (je pense que chacun ne sera pas de mon
avis, si je me trompe) que je place à côté de moi un encrier ouvert, et quelques feuillets de papier non

mâché. De cette manière, il me sera possible de commencer, avec amour, par ce sixième chant, la série

des poëmes instructifs qu'il me tarde de produire. Dramatiques épisodes d'une implacable utilité! Notre

héros s'aperçut qu'en fréquentant les cavernes, et prenant pour refuge les endroits inaccessibles, il

transgressait les règles de la logique, et commettait un cercle vicieux. Car, si d'un côté, il favorisait ainsi

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