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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

celui-là, dont vous apercevez la silhouette équivoque emportée par un cheval nerveux, et sur lequel je
vous conseille de fixer le plus tôt possible les yeux, car il n'est plus qu'un point, et va bientôt disparaître

dans la bruyère, quoiqu'il ait beaucoup vécu, est le seul véritable mort.»

* * * * *

«Chaque nuit, à l'heure où le sommeil est parvenu à son plus grand degré d'intensité, une vieille araignée
de la grande espèce sort lentement sa tête d'un trou placé sur le sol, à l'une des intersections des angles de

la chambre. Elle écoute attentivement si quelque bruissement remue encore ses mandibules dans

l'atmosphère. Vu sa conformation d'insecte, elle ne peut pas faire moins, si elle prétend augmenter de

brillantes personnifications les trésors de la littérature, que d'attribuer des mandibules au bruissement.

Quand elle s'est assurée que le silence règne aux alentours, elle retire successivement, des profondeurs de

son nid, sans le secours de la méditation, les diverses parties de son corps, et s'avance à pas comptés vers

ma couche. Chose remarquable! moi qui fais reculer le sommeil et les cauchemars, je me sens paralysé

dans la totalité de mon corps, quand elle grimpe le long des pieds d'ébène de mon lit de satin. Elle

m'étreint la gorge avec les pattes, et me suce le sang avec son ventre. Tout simplement! Combien de litres

d'une liqueur pourprée, dont vous n'ignorez pas le nom, n'a-t-elle pas bus, depuis qu'elle accomplit le

même manège avec une persistance digne d'une meilleure cause! Je ne sais pas ce que je lui ait fait, pour

qu'elle se conduise de la sorte à mon égard. Lui ai-je broyé une patte par inattention? Lui ai-je enlevé ses

petits? Ces deux hypothèses, sujettes à caution, ne sont pas capables de soutenir un sérieux examen; elles

n'ont même pas de la peine à provoquer un haussement dans mes épaules et un sourire sur mes lèvres,

quoique l'on ne doive se moquer de personne. Prends garde à toi, tarentule noire; si ta conduite n'a pas

pour excuse un irréfutable syllogisme, une nuit je me réveillerai en sursaut, par un dernier effort de ma

volonté agonisante, je romprai le charme avec lequel tu retiens mes membres dans l'immobilité, et je

t'écraserai entre les os de mes doigts, comme un morceau de matière mollasse. Cependant, je me rappelle

vaguement que je t'ai donné la permission de laisser tes pattes grimper sur l'éclosion de la poitrine, et de

là jusqu'à la peau qui recouvre mon visage; que par conséquent, je n'ai pas le droit de te contraindre. Oh!

qui démêlera mes souvenirs confus! Je lui donne pour récompense ce qui reste de mon sang: en comptant

la dernière goutte inclusivement, il y en a pour remplir au moins la moitié d'une coupe d'orgie.» Il parle,

et il ne cesse de se déshabiller. Il appuie une jambe sur le matelas, et de l'autre, pressant le parquet de

saphir afin de s'enlever, il se trouve étendu dans une position horizontale. Il a résolu de ne pas fermer les

yeux, afin d'attendre son ennemi de pied ferme. Mais, chaque fois, ne prend-il pas la même résolution, et

n'est-elle pas toujours détruite par l'inexplicable image de sa promesse fatale? Il ne dit plus rien, et se

résigne avec douleur; car, pour lui le serment est sacré. Il s'enveloppe majestueusement dans les replis de

la soie, dédaigne d'entrelacer les glands d'or de ses rideaux, et, appuyant les boucles ondulées de ses

longs cheveux noirs sur les franges du coussin de velours, il tâte, avec la main, la large blessure de son

cou, dans laquelle la tarentule a pris l'habitude de se loger, comme dans un deuxième nid, tandis que son

visage respire la satisfaction. Il espère que cette nuit actuelle (espérez avec lui!) verra la dernière

représentation de la succion immense; car, son unique voeu serait que le bourreau en finit avec son

existence: la mort, et il sera content. Regardez cette vieille araignée de la grande espèce, qui sort

lentement sa tête d'un trou placé sur le sol, à l'une des intersections des angles de la chambre. Nous ne

sommes plus dans la narration. Elle écoute attentivement si quelque bruissement remue encore ses

mandibules dans l'atmosphère. Hélas! nous sommes maintenant arrivés dans le réel, quant à ce qui

regarde la tarentule, et, quoique l'on pourrait mettre un point d'exclamation à la fin de chaque phrase, ce

n'est peut-être pas une raison pour s'en dispenser! Elle s'est assurée que le silence règne aux alentours; la

voilà qui retire successivement des profondeurs de son nid, sans le secours de la méditation, les diverses

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