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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

prie, qu'en somme les draps ne sont que des linceuls. Voici la cassolette où brûle l'encens des religions.
L'éternité mugit, ainsi qu'une mer lointaine, et s'approche à grands pas. L'appartement a disparu:

prosternez-vous, humains, dans la chapelle ardente! Quelquefois, s'efforçant inutilement de vaincre les

imperfections de l'organisme, au milieu du sommeil le plus lourd, le sens magnétisé s'aperçoit avec

étonnement qu'il n'est plus qu'un bloc de sépulture, et raisonne admirablement, appuyé sur une subtilité

incomparable: «Sortir de cette couche est un problème plus difficile qu'on ne le pense. Assis sur la

charrette, l'on m'entraîne vers la binarité des poteaux de la guillotine. Chose curieuse, mon bras inerte

s'est assimilé savamment la raideur de la souche. C'est très mauvais de rêver qu'on marche à l'échafaud.»

Le sang coule à large flots à travers la figure. La poitrine effectue des soubresauts répétés, et se gonfle à

des sifflements. Le poids d'un obélisque étouffe l'expansion de la rage. Le réel a détruit les rêves de la

somnolence! Qui ne sait pas que, lorsque la lutte se prolonge entre le moi, plein de fierté, et

l'accroissement terrible de la catalepsie, l'esprit halluciné perd le jugement? Rongé par le désespoir, il se

complaît dans son mal, jusqu'à ce qu'il ait vaincu la nature, et que le sommeil, voyant sa proie lui

échapper, s'enfuie sans retour loin de son coeur, d'une aile irritée et honteuse. Jetez un peu de cendre sur

mon orbite en feu. Ne fixez pas mon oeil qui ne se ferme jamais. Comprenez-vous les souffrances que

j'endure? (cependant, l'orgueil est satisfait). Dès que la nuit exhorte les humains au repos, un homme, que

je connais, marche à grands pas dans la campagne. Je crains que ma résolution ne succombe aux atteintes

de la vieillesse. Qu'il arrive, ce jour fatal où je m'endormirai! Au réveil mon rasoir, se frayant un passage

à travers le cou, prouvera que rien n'était, en effet, plus réel.

* * * * *

- Mais qui donc!... mais qui donc ose, ici, comme un conspirateur, traîner les anneaux de son corps vers
ma poitrine noire? Qui que tu sois, excentrique python, par quel prétexte excuses-tu ta présence ridicule?

Est-ce un vaste remords qui te tourmente? Car, vois-tu, boa, ta sauvage majesté n'a pas, je le suppose,

l'exorbitante prétention de se soustraire à la comparaison que j'en fais avec les traits du criminel. Cette

bave écumeuse et blanchâtre est, pour moi, le signe de la rage. Ecoute-moi: sais-tu que ton oeil est loin

de boire un rayon céleste? N'oublie pas que si ta présomptueuse cervelle m'a cru capable de t'offrir

quelques paroles de consolation, ce ne peut être que par le motif d'une ignorance totalement dépourvue

de connaissances physiognomoniques. Pendant un temps, bien entendu, suffisant, dirige la lueur de tes

yeux vers ce que j'ai le droit, comme un autre, d'appeler mon visage! Ne vois-tu pas comme il pleure? Tu

t'es trompé, basilic. Il est nécessaire que tu cherches ailleurs la triste ration de soulagement, que mon

impuissance radicale te retranche, malgré les nombreuses protestations de ma bonne volonté. Oh! quelle

force, en phrases exprimables, fatalement t'entraîna vers ta perte? Il est presque impossible que je

m'habitue à ce raisonnement que tu ne comprennes pas que, plaquant sur le gazon rougi, d'un coup de

mon talon, les courbes fuyantes de ta tête triangulaire, je pourrais pétrir un innommable mastic avec

l'herbe de la savane et la chair de l'écrasé.

- Disparais le plus tôt possible loin de moi, coupable à la face blême! Le mirage fallacieux de
l'épouvantement t'a montré ton propre spectre! Dissipe tes injurieux soupçons, si tu ne veux pas que je

t'accuse à mon tour, et que je ne porte contre toi une récrimination qui serait certainement approuvée par

le jugement du serpentaire reptilivore. Quelle monstrueuse aberration de l'imagination t'empêche de me

reconnaître! Tu ne te rappelles donc pas les services importants que je t'ai rendus, par la gratification

d'une existence que je fis émerger du chaos, et, de ton coté, le voeu, à jamais inoubliable, de ne pas

déserter mon drapeau, afin de me rester fidèle jusqu'à la mort? Quand tu étais enfant (ton intelligence

était alors dans sa plus belle phase), le premier, tu grimpais sur la colline, avec la vitesse de l'isard, pour

saluer, par un geste de ta petite main, les multicolores rayons de l'aurore naissante. Les notes de ta voix

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