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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

sidérales où une planète se mouvait au milieu des exhalaisons épaisses d'avarice, d'orgueil, d'imprécation
et de ricanement qui se dégageaient, comme des vapeurs pestilentielles, de sa surface hideuse et

paraissait petite comme une boule, étant presque invisible, à cause de la distance, ils ne manquaient pas

de trouver des occasions où ils se repentaient amèrement de leur bienveillance, méconnue et conspuée, et

allaient se cacher au fond des volcans, pour converser avec le feu vivace qui bouillonne dans les cuves

des souterrains centraux, ou au fond de la mer, pour reposer agréablement leur vue désillusionnée sur les

monstres les plus féroces de l'abîme, qui leur paraissaient des modèles de douceur, en comparaison des

bâtards de l'humanité. La nuit venue, avec son obscurité propice, ils s'élançaient des cratères, à la crête de

porphyre, des courants sous-marins et laissaient, bien loin derrière eux, le pot de chambre rocailleux où

se démène l'anus constipé des kakatoès humains, jusqu'à ce qu'ils ne pussent plus distinguer la silhouette

suspendue de la planète immonde. Alors, chagrinés de leur tentative infructueuse, au milieu des étoiles

qui compatissaient à leur douleur et sous l'oeil de Dieu, s'embrassaient, en pleurant, l'ange de la terre et

l'ange de la mer!... Mario et celui qui galopait auprès de lui n'ignoraient pas les bruits vagues et

superstitieux que racontaient, dans les veillées, les pêcheurs de la côte, en chuchotant autour de l'âtre,

portes et fenêtres fermées; pendant que le vent de la nuit, qui désire se réchauffer, fait entendre ses

sifflements autour de la cabane de paille, et ébranle, par sa vigueur, ces frêles murailles, entourées à la

base de fragments de coquillage, apportés par les replis mourants des vagues. Nous ne parlions pas. Que

se disent deux coeurs qui s'aiment? Rien. Mais nos yeux exprimaient tout. Je l'avertis de serrer davantage

son manteau autour de lui, et lui me fait observer que mon cheval s'éloigne trop du sien; chacun prend

autant d'intérêt à la vie de l'autre qu'à sa propre vie; nous ne rions pas. Il s'efforce de me sourire; mais,

j'aperçois que son visage porte le poids des terribles impressions qu'y a gravées la réflexion,

constamment penchée sur les sphynx qui déroutent, avec un oeil oblique, les grandes angoisses de

l'intelligence des mortels. Voyant ses manoeuvres inutiles, il détourne les yeux, mord son frein terrestre

avec la bave de la rage, et regarde l'horizon, qui s'enfuit à notre approche. A mon tour, je m'efforce de lui

rappeler sa jeunesse dorée, qui ne demande qu'à s'avancer dans les palais des plaisirs, comme une reine;

mais, il remarque que mes paroles sortent difficilement de ma bouche amaigrie, et que les années de mon

propre printemps ont passé, tristes et glaciales, comme un rêve implacable qui promène sur les tables des

banquets, et sur les lits de satin, où sommeille la pâle prêtresse d'amour, payée avec les miroitements de

l'or, les voluptés amères du désenchantement, les rides pestilentielles de la vieillesse, les effarements de

la solitude et les flambeaux de la douleur. Voyant mes manoeuvres inutiles, je ne m'étonne pas ne pas

pouvoir le rendre heureux; le Tout-Puissant m'apparaît revêtu de ses instruments de torture, dans toute

l'auréole resplendissante de son horreur; je détourne les yeux et regarde l'horizon qui s'enfuit à notre

approche ... Nos chevaux galopaient le long du rivage, comme s'ils fuyaient l'oeil humain ... Mario est

plus jeune que moi; l'humidité du temps et l'écume salée qui rejaillit jusqu'à nous amènent le contact du

froid sur ses lèvres. Je lui dis: «Prends garde!... prends garde!... ferme tes lèvres, les unes contre les

autres; ne vois-tu pas les griffes aiguës de la gerçure, qui sillonne ta peau de blessures cuisantes?» Il fixe

mon front, et me réplique, avec les mouvements de sa langue: «Oui, je les vois, ces griffes vertes; mais,

je ne dérangerai pas la situation naturelle de ma bouche pour les faire fuir. Regarde, si je mens. Puisqu'il

paraît que c'est la volonté de la Providence, je veux m'y conformer. Sa volonté aurait pu être meilleure.»

Et moi, je m'écriai: «J'admire cette vengeance noble.» Je voulus m'arracher les cheveux; mais, il me le

défendit avec un regard sévère, et je lui obéis avec respect. Il se faisait tard, et l'aigle regagnait son nid,

creusé dans les anfractuosités de la roche. Il me dit: «Je vais te prêter mon manteau, pour te garantir du

froid; je n'en ai pas besoin.» Je lui répliquai: «Malheur à toi, si tu fais ce que tu dis. Je ne veux pas qu'un

autre souffre à ma place, et surtout toi.» Il ne répondit pas, parce que j'avais raison; mais, moi, je me mis

à le consoler, à cause de l'accent trop impétueux de mes paroles ... Nos chevaux galopaient le long du

rivage, comme s'ils fuyaient l'oeil humain ... Je relevai la tête, comme la proue d'un vaisseau soulevée par

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