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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror
envoyait d'autres fonds avant le 1er septembre, époque à laquelle mon corps fera une apparition devant la porte de votre banque, vous aurez la bonté de me le faire savoir? Au reste, je suis chez moi à toute heure du jour; mais vous n'auriez qu'à m'écrire un mot, et il est probable qu'alors je le recevrai presque aussitôt que la demoiselle qui tire le cordon, ou bien avant, si je me rencontre sur le vestibule ...
« ... Et tout cela, je le répète, pour une bagatelle insignifiante de formalité! Présenter dix ongles secs au lieu de cinq, la belle affaire: après avoir réfléchi beaucoup, je confesse qu'elle m'a paru remplie d'une notable quantité d'importance nulle ...»
L'extrême jeunesse de l'auteur atténuera sans doute la sévérité de certains jugements qui ne manqueront pas d'être portés sur les Chants de Maldoror. Si Ducasse avait vécu, il eût pu devenir l'une des gloires littéraires de la France. Il est mort trop tôt, laissant derrière lui son oeuvre éparpillée aux quatre vents: et par une coïncidence curieuse, ses restes mortels ont subi le même sort que son livre. Inhumé dans une concession temporaire du cimetière du Nord, le 25 novembre 1870, il en a été exhumé, le 20 janvier 1871, pour être réinhumé dans une autre concession temporaire. Il se trouve actuellement dans les terrains désaffectés et repris par la Ville.
L. G.
Notes:
[1] La couverture et le titre sont ainsi composés: Les Chants - de - Maldoror - par - le comte de Lautréamont - (Chants I, II, III, IV, V, VI) - Paris et Bruxelles - En vente chez tous les libraires - 1874. Au dessous de la couverture, dans le double filet, cette mention: Tous droits de traduction et de reproduction réservés. Au verso du faux-titre: Bruxelles - Typ. de E. Wittmann. Cette dernière indication est fausse, aucun imprimeur du nom de Wittmann n'ayant existé à Bruxelles. Couverture brun-marron.
En 1869, l'auteur témoigna le désir de posséder quelques exemplaires de son livre; on lui en brocha une dizaine. La couverture de ces exemplaires est jaune. Elle porte: Paris. En vente chez tous les libraires (1869). Au verso du faux-titre et en quatrième page de la couverture: Bruxelles. Imprimerie de A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, boulevard de Waterloo, 42.
[2] V. la Plume, 2e année, no 33.
[3] La photogravure a rétabli le chiffre à sa place. Celui-ci se trouve en quatrième page de la lettre, barré par un trait de plume.
CHANT PREMIER
Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme, comme
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