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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

envoyée par le Créateur, je crus convenable de ne pas me laisser barrer le passage par elle. Si elle s'était
présentée avec la modestie et l'humilité propres à son rang, et dont elle n'aurait jamais dû se départir, je

l'aurais écoutée. Je n'aimais pas son orgueil. J'étendis une main, et sous mes doigts broyai les griffes;

elles tombèrent en poussière, sous la pression croissante de ce mortier de nouvelle espèce. J'étendis

l'autre main, et lui arrachai la tête. Je chassai ensuite, hors de ma maison, cette femme, à coups de fouet,

et je ne la revis plus. J'ai gardé sa tête en souvenir de ma victoire ... Une tête à la main, dont je rongeais le

crâne, je me suis tenu sur un pied, comme le héron, au bord du précipice creusé dans les flancs de la

montagne. On m'a vu descendre dans la vallée, pendant que la peau de ma poitrine était immobile et

calme, comme le couvercle d'une tombe! Une tête à la main, dont je rongeais le crâne, j'ai nagé dans les

gouffres les plus dangereux, longé les écueils mortels, et plongé plus bas que les courants, pour assister,

comme un étranger, aux combats des monstres marins; je me suis écarté du rivage, jusqu'à le perdre de

ma vue perçante; et, les crampes hideuses, avec leur magnétisme paralysant, rôdaient autour de mes

membres, qui fendaient les vagues avec des mouvements robustes, sans oser approcher. On m'a vu

revenir, sain et sauf, dans la plage, pendant que la peau de ma poitrine était immobile et calme, comme le

couvercle d'une tombe! Une tête à la main, dont je rongeais le crâne, j'ai franchi les marches ascendantes

d'une tour élevée. Je suis parvenu, les jambes lasses, sur la plate-forme vertigineuse. J'ai regardé la

campagne, la mer; j'ai regardé le soleil, le firmament; repoussant du pied le granit qui ne recula pas, j'ai

défié la mort et la vengeance divine par une huée suprême, et me suis précipité, comme un pavé, dans la

bouche de l'espace. Les hommes entendirent le choc douloureux et retentissant qui résulta de la rencontre

du sol avec la tête de la conscience, que j'avais abandonnée dans ma chute. On me vit descendre, avec la

lenteur de l'oiseau, porté par un nuage invisible, et ramasser la tête, pour la forcer à être témoin d'un

triple crime, que je devais commettre le jour même, pendant que la peau de ma poitrine était immobile et

calme, comme le couvercle d'une tombe! Une tête à la main, dont je rongeais le crâne, je me suis dirigé

vers l'endroit où s'élèvent les poteaux qui soutiennent la guillotine. J'ai placé la grâce suave des cous de

trois jeunes filles sous le couperet. Exécuteur des hautes-oeuvres, je lâchai le cordon avec l'expérience

apparente d'une vie entière; et, le fer triangulaire, s'abattant obliquement, trancha trois têtes qui me

regardaient avec douceur. Je mis ensuite la mienne sous le rasoir pesant, et le bourreau prépara

l'accomplissement de son devoir. Trois fois, le couperet redescendit entre les rainures avec une nouvelle

vigueur; trois fois, ma carcasse matérielle, surtout au siège du cou, fut remuée jusqu'en ses fondements,

comme lorsqu'on se figure en rêve être écrasé par une maison qui s'effondre. Le peuple stupéfait me

laissa passer, pour m'écarter de la place funèbre; il m'a vu ouvrir avec mes coudes ses flots ondulatoires,

et me remuer, plein de vie, avançant devant moi, la tête droite, pendant que la peau de ma poitrine était

immobile et calme, comme le couvercle d'une tombe! J'avais dit que je voulais défendre l'homme, cette

fois; mais, je crains que mon apologie ne soit pas l'expression de la vérité: et, par conséquent, je préfère

me taire. C'est avec reconnaissance que l'humanité applaudira à cette mesure!

* * * * *

Il est temps de serrer les freins à mon inspiration, et de m'arrêter, un instant, en route, comme quand on
regarde le vagin d'une femme; il est bon d'examiner la carrière parcourue, et de s'élancer, ensuite, les

membres reposés, d'un bond impétueux. Fournir une traite d'une seule haleine n'est pas facile; et les ailes

se fatiguent beaucoup, dans un vol élevé, sans espérance et sans remords. Non ... ne conduisons pas plus

profondément la meute hagarde des pioches et des fouilles, à travers les mines explosibles de ce chant

impie! Le crocodile ne changera pas un mot au vomissement sorti de dessous son crâne. Tant pis, si

quelque ombre furtive, excitée par le but louable de venger l'humanité, injustement attaquée par moi,

ouvre subrepticement la porte de ma chambre en frôlant la muraille comme l'aile d'un goëland, et enfonce

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