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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

topique, la mort dans un cabanon, me fait tout de suite penser à un paralytique général avec toute cette
succession classique: intelligence vive, - obscurcissement, - folie des persécutions. - mégalomanie, -

excitation puis déchéance complète et disparition de l'individu s'en allant depuis longtemps par

lambeaux. Eh bien, interrogez des spécialistes et demandez-leur combien ils ont pu compter de

paralytiques généreux de vingt ans! Bayle déclare n'en avoir jamais vu avant vingt-cinq ans; Calmeil ne

l'a observé que deux fois avant trente-deux ans. Restent enfin la manie et la folie circulaire, mais ces

deux formes de folie suivent à peu près les mêmes lois et sauf exceptions infiniment rares, il n'y a pas de

fou furieux de dix-neuf ans. Enfin, si le volume est paru quand Ducasse avait dix-neuf ans, et qu'il soit

mort à vingt ans, voilà donc une aliénation qui aurait évolué en un an ... N'est-ce pas le cas de dire avec

Verlaine: Tout cela est littérature!»

Quoique Montévidéen, Ducasse était français d'origine. Son père, chancelier à la légation française à
Montevideo, naquit à Tarbes. La famille devait être riche. Elle se trouvait en relations d'affaires avec un

banquier de la rue de Lille, M. Darasse, qui payait au fils une pension mensuelle. Grâce à l'amabilité de

M. Dosseur, successeur de M. Darasse, nous avons pu prendre connaissance d'une partie de la

correspondance du jeune écrivain et donner, en tête du présent volume, une de ses lettres en

fac-simile
. Cette lettre contient en quelque sorte une profession de foi littéraire et fait allusion aux
circonstances qui s'opposaient à la mise en vente de son livre, ainsi qu'à la préface d'un nouveau volume,

que l'éditeur Lemerre n'a jamais reçue. La correspondance de Ducasse est curieuse et montre combien

étaient vives ses préoccupations littéraires.

Dans une lettre, datée du 22 mai 1869, nous relevons les passages suivants, que nous ne reproduisons
qu'à titre de simple curiosité:

«Monsieur,

«C'est hier même que j'ai reçu votre lettre datée du 21 mai; c'était
la vôtre. Eh bien, sachez que je ne puis pas malheureusement laisser

passer ainsi l'occasion de vous exprimer mes excuses. Voici pourquoi:

parce que, si vous m'aviez annoncé l'autre jour, dans l'ignorance de

ce qui peut arriver de fâcheux aux circonstances où ma personne est

placée, que les fonds s'épuisaient, je n'aurais eu garde d'y toucher;

mais certainement j'aurais éprouvé autant de joie à ne pas écrire ces

trois lettres que vous en auriez éprouvé vous-même à ne pas les lire.

Vous avez mis en vigueur le déplorable système de méfiance prescrit

vaguement par la bizarrerie de mon père; mais vous avez deviné que

mon mal de tête ne m'empêche pas de considérer avec attention la

difficile situation où vous a placé jusqu'ici une feuille de papier

à lettre venue de l'Amérique du Sud, dont le principal défaut était

le manque de clarté; car je ne mets pas en ligne de compte la

malsonnance de certaines observations mélancoliques qu'on pardonne

aisément à un vieillard, et qui m'ont paru, à la première lecture,

avoir eu l'air de vous imposer, à l'avenir, peut-être, la nécessité

de sortir de votre rôle strict de banquier, vis-à-vis d'un monsieur

qui vient habiter la capitale ...

« ... Pardon, monsieur, j'ai une prière à vous faire: si mon père

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