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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

trombes, dans l'éternité d'une nuit horrible et universelle, et que l'humanité, grimaçante, songera à faire
ses comptes avec le jugement dernier. Merci, pour les services innombrables que vous m'avez rendus.

Merci, pour les qualités étrangères dont vous avez enrichi mon intelligence. Sans vous, dans ma lutte

contre l'homme, j'aurai peut-être été vaincu. Sans vous, il m'aurait fait rouler dans le sable et embrasser la

poussière de ses pieds. Sans vous, avec une griffe perfide, il aurait labouré ma chair et mes os. Mais, je

me suis tenu sur mes gardes, comme un athlète expérimenté. Vous me donnâtes la froideur qui surgit de

vos conceptions sublimes, exemptes de passion. Je m'en servis pour rejeter avec dédain les jouissances

éphémères de mon court voyage et pour renvoyer de ma porte les offres sympathiques, mais trompeuses,

de mes semblables. Vous me donnâtes la prudence opiniâtre qu'on déchiffre à chaque pas dans vos

méthodes admirables de l'analyse, de la synthèse et de la déduction. Je m'en servis pour dérouter les ruses

pernicieuses de mon ennemi mortel, pour l'attaquer, à mon tour, avec adresse, et plonger, dans les

viscères de l'homme, un poignard aigu qui restera à jamais enfoncé dans son corps; car, c'est une blessure

dont il ne se relèvera pas. Vous me donnâtes la logique, qui est comme l'âme elle-même de vos

enseignements, pleine de sagesse; avec ses syllogismes, dont le labyrinthe compliqué n'en est que plus

compréhensible, mon intelligence sentit s'accroître du double ses forces audacieuses. A l'aide de cet

auxiliaire terrible, je découvris, dans l'humanité, en nageant vers les bas-fonds, en face de l'écueil de la

haine, la méchanceté noire et hideuse, qui croupissait au milieu de miasmes délétères, en s'admirant le

nombril. Le premier, je découvris, dans les ténèbres de ses entrailles, ce vice néfaste, le mal! supérieur en

lui au bien. Avec cette arme empoisonnée que vous me prêtâtes, je fis descendre, de son piédestal,

construit par la lâcheté de l'homme, le Créateur lui-même! Il grinça des dents et subit cette injure

ignominieuse; car, il avait pour adversaire quelqu'un de plus fort que lui. Mais, je le laisserai de côté,

comme un paquet de ficelles, afin d'abaisser mon vol ... Le penseur Descartes faisait, une fois, cette

réflexion que rien de solide n'avait été bâti sur vous. C'était une manière ingénieuse de faire comprendre

que le premier venu ne pouvait pas sur le coup découvrir votre valeur inestimable. En effet, quoi de plus

solide que les trois qualités principales déjà nommées qui s'élèvent, entrelacées comme une couronne

unique, sur le sommet auguste de votre architecture colossale? Monument qui grandit sans cesse de

découvertes quotidiennes, dans vos mines de diamant, et d'explorations scientifiques, dans vos superbes

domaines. O mathématiques saintes, puissiez-vous, par votre commerce perpétuel, consoler le reste de

mes jours de la méchanceté de l'homme et de l'injustice du Grand-Tout!

* * * * *

«O lampe au bec d'argent, mes yeux t'aperçoivent dans les airs, compagne de la voûte des cathédrales, et
cherchent la raison de cette suspension. On dit que tes lueurs éclairent, pendant la nuit, la tourbe de ceux

qui viennent adorer le Tout-Puissant et que tu montres aux repentis le chemin qui mène à l'autel. Ecoute,

c'est fort possible; mais ... est-ce que tu as besoin de rendre de pareils services à ceux auxquels tu ne dois

rien? Laisse, plongées dans les ténèbres, les colonnes des basiliques; et, lorsqu'une bouffée de la tempête

sur laquelle le démon tourbillonne, emporté dans l'espace, pénétrera, avec lui, dans le saint lieu, en y

répandant l'effroi, au lieu de lutter, courageusement, contre la rafale empestée du prince du mal,

éteins-toi subitement, sous son souffle fiévreux, pour qu'il puisse, sans qu'on le voie, choisir ses victimes

parmi les croyants agenouillés. Si tu fais cela, tu peux dire que je te devrai tout mon bonheur. Quand tu

reluis ainsi, en répandant tes clartés indécises, mais suffisantes, je n'ose pas me livrer aux suggestions de

mon caractère, et je reste, sous le portique sacré, en regardant par le portail entr'ouvert, ceux qui

échappent à ma vengeance, dans le sein du Seigneur. O lampe poétique! toi qui serais mon amie si tu

pouvais me comprendre, quand mes pieds foulent le basalte des églises, dans les heures nocturnes,

pourquoi te mets-tu à briller d'une manière qui, je l'avoue, me paraît extraordinaire? Tes reflets se

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