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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

construire une fosse, de quarante lieues carrées, et d'une profondeur relative. C'est là que gît, dans sa
virginité immonde, une mine vivante de poux. Elle remplit les bas-fonds de la fosse, et serpente ensuite,

en larges veines denses, dans toutes les directions. Voici comment j'ai construit cette mine artificielle.

J'arrachai un pou femelle aux cheveux de l'humanité. On m'a vu se coucher avec lui pendant trois nuits

consécutives, et je le jetai dans la fosse. La fécondation humaine, qui aurait été nulle dans d'autres cas

pareils, fut acceptée, cette fois, par la fatalité; et, au bout de quelques jours, des milliers de monstres,

grouillant dans un noeud compacte de matière, naquirent à la lumière. Ce noeud hideux devint, par le

temps, de plus en plus immense, tout en acquérant la propriété liquide du mercure, et se ramifia en

plusieurs branches, qui se nourrissent, actuellement, en se dévorant elles-mêmes (la naissance est plus

grande que la mortalité), toutes les fois que je ne leur jette pas en pâture un bâtard qui vient de naître, et

dont la mère désirait la mort, ou un bras que je vais couper à quelque jeune fille, pendant la nuit, grâce au

chloroforme. Tous les quinze ans, les générations de poux, qui se nourrissent de l'homme, diminuent

d'une manière notable, et prédisent elles-mêmes, infailliblement, l'époque prochaine de leur complète

destruction. Car, l'homme, plus intelligent que son ennemi, parvient à le vaincre. Alors, avec une pelle

infernale qui accroît mes forces, j'extrais de cette mine inépuisable des blocs de poux, grands comme des

montagnes, je les brise à coups de hache, et je les transporte, pendant les nuits profondes, dans les artères

des cités. Là, au contact de la température humaine, ils se dissolvent comme aux premiers jours de leur

formation dans les galeries tortueuses de la mine souterraine, se creusent un lit dans le gravier, et se

répandent en ruisseaux dans les habitations, comme des esprits nuisibles. Le gardien de la maison aboie

sourdement, car il lui semble qu'une légion d'êtres inconnus perce les pores des murs, et apporte la terreur

au chevet du sommeil. Peut-être n'êtes-vous pas, sans avoir entendu, au moins, une fois dans votre vie,

ces sortes d'aboiements douloureux et prolongés. Avec ses yeux impuissants, il tâche de percer

l'obscurité de la nuit; car, son cerveau de chien ne comprend pas cela. Ce bourdonnement l'irrite, et il sent

qu'il est trahi. Des millions d'ennemis s'abattent ainsi, sur chaque cité, comme des nuages de sauterelles.

En voilà pour quinze ans. Ils combattront l'homme, en lui faisant des blessures cuisantes. Après ce laps

de temps, j'en enverrai d'autres. Quand je concasse les blocs de matière animée, il peut arriver qu'un

fragment soit plus dense qu'un autre. Ses atomes s'efforcent avec rage de séparer leur agglomération pour

aller tourmenter l'humanité; mais, la cohésion résiste dans sa dureté. Par une suprême convulsion, ils

engendrent un tel effort, que la pierre, ne pouvant pas disperser ses principes vivants, s'élance elle-même

jusqu'au haut des airs comme par un effet de la poudre, et retombe, en s'enfonçant solidement sous le sol.

Parfois, le paysan rêveur aperçoit un aérolithe fendre verticalement l'espace, en se dirigeant, du côté du

bas, vers un champ de maïs. Il ne sait d'où vient la pierre. Vous avez maintenant, claire et succinte,

l'explication du phénomène.

Si la terre était couverte de poux, comme de grains de sable le rivage de la mer, la race humaine serait
anéantie, en proie à des douleurs terribles. Quel spectacle! Moi, avec des ailes d'ange, immobile dans les

airs, pour le contempler!

* * * * *

O mathématiques sévères, je ne vous ai pas oubliées, depuis que vos savantes leçons, plus douces que le
miel, filtrèrent dans mon coeur, comme une onde rafraîchissante. J'aspirais instinctivement, dès le

berceau, à boire à votre source, plus ancienne que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacré

de votre temple solennel, moi, le plus fidèle de vos initiés. Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne

sais quoi épais comme de la fumée; mais, je sus franchir religieusement les degrés qui mènent à votre

autel, et vous avez chassé ce voile obscur, comme le vent chasse le damier. Vous avez mis, à la place,

une froideur excessive, une prudence consommée et une logique implacable. A l'aide de votre lait

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