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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

chevelure. Ils ne seraient pas bons pour être conscrits; car, ils n'ont pas la taille nécessaire exigée par la
loi. Ils appartiennent au monde lilliputien de ceux de la courte cuisse, et les aveugles n'hésitent pas à les

ranger parmi les infiniment petits. Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en

un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se

laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre

main est poilue, ou que seulement elle soit composée d'os et de chair. C'en est fait de vos doigts. Ils

craqueront comme s'ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont

incapables de commettre autant de mal que leur imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans

votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque

accident. Cela s'est vu. N'importe, je suis déjà content de la quantité de mal qu'il te fait, ô race humaine;

seulement, je voudrais qu'il t'en fît davantage.

Jusqu'à quand garderas-tu le culte vermoulu de ce dieu, insensible à tes prières et aux offrandes
généreuses que tu lui offres en holocauste expiatoire? Vois, il n'est pas reconnaissant, ce manitou

horrible, des larges coupes de sang et de cervelle que tu répands sur ses autels, pieusement décorés de

guirlandes de fleurs. Il n'est pas reconnaissant ... car, les tremblements de terre et les tempêtes continuent

de sévir depuis le commencement des choses. Et, cependant, spectacle digne d'observation, plus il se

montre indifférent, plus tu l'admires. On voit que tu te méfies de ses attributs, qu'il cache; et ton

raisonnement s'appuie sur cette considération, qu'une divinité d'une puissance extrême peut seule montrer

tant de mépris envers les fidèles qui obéissent à sa religion. C'est pour cela que, dans chaque pays,

existent des dieux divers, ici, le crocodile; là, la vendeuse d'amour; mais, quand il s'agit du pou, à ce nom

sacré, baisant universellement les chaînes de leur esclavage, tous les peuples s'agenouillent ensemble sur

le parvis auguste, devant le piédestal de l'idole informe et sanguinaire. Le peuple qui n'obéirait pas à ses

propres instincts de rampement, et ferait mine de révolte, disparaîtrait tôt ou tard de la terre, comme la

feuille d'automne, anéanti par la vengeance du dieu inexorable.

O pou, à la prunelle recroquevillée; tant que les fleuves répandront la pente de leurs eaux dans les abîmes
de la mer; tant que les astres graviteront sur le sentier de leur orbite; tant que le vide muet n'aura pas

d'horizon; tant que l'humanité déchirera ses propres flancs par des guerres funestes; tant que la justice

divine précipitera ses foudres vengeresses sur ce globe égoïste; tant que l'homme méconnaîtra son

créateur, et se narguera de lui, non sans raison, en y mêlant du mépris, ton règne sera assuré sur l'univers,

et ta dynastie étendra ses anneaux de siècle en siècle. Je te salue, soleil levant, libérateur céleste, toi,

l'ennemi invisible de l'homme. Continue de dire à la saleté de s'unir avec lui dans des embrassements

impurs, et de lui jurer, par des serments, non écrits dans la poudre, qu'elle restera son amante fidèle

jusqu'à l'éternité. Baise de temps en temps la robe de cette grande impudique, en mémoire des services

importants qu'elle ne manque pas de te rendre. Si elle ne séduisait pas l'homme, avec ses mamelles

lascives, il est probable que tu ne pourrais pas exister, toi, le produit de cet accouplement raisonnable et

conséquent. O fils de la saleté! dis à ta mère que si elle délaisse la couche de l'homme, marchant à travers

des routes solitaires, seule et sans appui, elle verra son existence compromise. Que ses entrailles, qui t'ont

porté neuf mois dans leurs parois parfumées, s'émeuvent un instant à la pensée des dangers que courrait,

par suite, leur tendre fruit, si gentil et si tranquille, mais déjà froid et féroce. Saleté, reine des empires,

conserve aux yeux de ma haine le spectacle de l'accroissement insensible des muscles de ta progéniture

affamée. Pour atteindre ce but, tu sais que tu n'as qu'à te coller plus étroitement contre les flancs de

l'homme. Tu peux le faire, sans inconvénient pour la pudeur, puisque, tous les deux, vous êtes mariés

depuis longtemps.

Pour moi, s'il m'est permis d'ajouter quelques mots à cet hymne de glorification, je dirai que j'ai fait

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