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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

à une bête des bois. Ce n'est pas sa faute. Dans tous les temps, il avait cru, les paupières ployant sous les
résédas de la modestie, qu'il n'était composé que de bien et d'une quantité minime de mal. Brusquement

je lui appris, en découvrant au plein jour son coeur et ses trames, qu'au contraire il n'est composé que de

mal, et d'une quantité minime de bien que les législateurs ont de la peine à ne pas laisser évaporer. Je

voudrais qu'il ne ressente pas, moi, qui ne lui apprends rien de nouveau, une honte éternelle pour mes

amères vérités; mais, la réalisation de ce souhait ne serait pas conforme aux lois de la nature. En effet,

j'arrache le masque à sa figure traîtresse et pleine de boue, et je fais tomber un à un, comme des boules

d'ivoire sur un bassin d'argent, les mensonges sublimes avec lesquels il se trompe lui-même: il est alors

compréhensible qu'il n'ordonne pas au calme d'imposer les mains sur son visage, même quand la raison

disperse les ténèbres de l'orgueil. C'est pourquoi, le héros que je mets en scène s'est attiré une haine

irréconciliable, en attaquant l'humanité, qui se croyait invulnérable, par la brèche d'absurdes tirades

philanthropiques; elles sont entassées, comme des grains de sable, dans ses livres, dont je suis

quelquefois sur le point, quand la raison m'abandonne, d'estimer le comique si cocasse, mais ennuyant. Il

l'avait prévu. Il ne suffit pas de sculpter la statue de la bonté sur le fronton des parchemins que

contiennent les bibliothèques. O être humain! te voilà, maintenant, nu comme un ver, en présence de mon

glaive de diamant! Abandonne ta méthode: il n'est plus temps de faire l'orgueilleux: j'élance vers toi ma

prière, dans l'attitude de la prosternation. Il y a quelqu'un qui observe les moindres mouvements de ta

coupable vie; tu es enveloppé par les réseaux subtils de sa perspicacité acharnée. Ne te fie pas à lui,

quand il tourne les reins; car, il te regarde; ne te fie pas à lui, quand il ferme les yeux; car, il te regarde

encore. Il est difficile de supposer que, touchant les ruses et la méchanceté, ta redoutable résolution soit

de surpasser l'enfant de mon imagination. Ses moindres coups portent. Avec des précautions, il est

possible d'apprendre à celui qui croit l'ignorer que les loups et les brigands ne se dévorent pas entre eux:

ce n'est peut-être pas leur coutume. Par conséquent, remets sans peur, entre ses mains, le soin de ton

existence: il la conduira d'une manière qu'il connaît. Ne crois pas à l'intention qu'il fait reluire au soleil de

te corriger; car, tu l'intéresses médiocrement, pour ne pas dire moins; encore n'approché-je pas, de la

vérité totale, la bienveillante mesure de ma vérification. Mais, c'est qu'il aime à te faire du mal, dans la

légitime persuasion que tu deviennes aussi méchant que lui, et que tu l'accompagnes dans le gouffre

béant de l'enfer, quand son heure sonnera. Sa place est depuis longtemps marquée, à l'endroit où l'on

remarque une potence en fer, à laquelle sont suspendus des chaînes et des carcans. Quand la destinée l'y

portera, le funèbre entonnoir n'aura jamais goûté de proie plus savoureuse, ni lui contemplé de demeure

plus convenable. Il me semble que je parle d'une manière intentionnellement paternelle, et que l'humanité

n'a pas le droit de se plaindre.

* * * * *

Je saisis la plume qui va construire le deuxième chant ... instrument arraché aux ailes de quelque
pygargue roux! Mais ... qu'ont-ils donc mes doigts? Les articulations demeurent paralysées, dès que je

commence mon travail. Cependant, j'ai besoin d'écrire ... C'est impose cible! Eh bien, je répète que j'ai

besoin d'écrire ma pensée: j'ai le droit, comme un autre, de me soumettre à cette loi naturelle ... Mais non,

mais non, la plume reste inerte!... Tenez, voyez, à travers les campagnes, l'éclair qui brille au loin.

L'orage parcourt l'espace. Il pleut ... Il pleut toujours ... Comme il pleut!... La foudre a éclaté ... elle s'est

abattue sur ma fenêtre entr'ouverte, et m'a étendu sur le carreau, frappé au front. Pauvre jeune homme!

ton visage était déjà assez maquillé par les rides précoces et la difformité de naissance, pour ne pas avoir

besoin, en outre, de cette longue cicatrice sulfureuse! (Je viens de supposer que la blessure est guérie, ce

qui n'arrivera pas de sitôt.) Pourquoi cet orage, et pourquoi la paralysie de mes doigts? Est-ce un

avertissement d'en haut pour m'empêcher d'écrire, et de mieux considérer ce à quoi je m'expose, en

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