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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

tu ne le sais pas, je te l'apprends. Allons, dépêche-toi; accomplis ce que tu désires.

- Ce qui frissonne à mon contact, en me faisant frissonner moi-même, est de la chair, à n'en pas douter. Il
est vrai ... je ne rêve pas! Qui es-tu donc, toi, qui te penches là pour creuser une tombe, tandis que,

comme un paresseux qui mange le pain des autres, je ne fais rien? C'est l'heure de dormir, ou de sacrifier

son repos à la science. En tout cas, nul n'est absent de sa maison, et se garde de laisser la porte ouverte,

pour ne pas laisser entrer les voleurs. Il s'enferme dans sa chambre, le mieux qu'il peut, tandis que les

cendres de la vieille cheminée savent encore réchauffer la salle d'un reste de chaleur. Toi, tu ne fais pas

comme les autres; tes habits indiquent un habitant de quelque pays lointain.

- Quoique je ne sois pas fatigué, il est inutile de creuser la fosse davantage. Maintenant, déshabille-moi;
puis, tu me mettras dedans.

- La conversation, que nous avons tous les deux, depuis quelques instants, est si étrange, que je ne sais
que te répondre ... Je crois qu'il veut rire.

- Oui, oui, c'est vrai, je voulais rire; ne fais plus attention à ce que j'ai dit.

Il s'est affaissé, et le fossoyeur s'est empressé de le soutenir!

- Qu'as-tu?

- Oui, oui, c'est vrai, j'avais menti ... j'étais fatigué quand j'ai abandonné la pioche ... c'est la première fois
que j'entreprenais ce travail ... ne fais plus attention à ce que j'ai dit.

- Mon opinion prend de plus en plus de la consistance: c'est quelqu'un qui a des chagrins épouvantables.
Que le ciel m'ôte la pensée de l'interroger. Je préfère rester dans l'incertitude, tant il m'inspire de la pitié.

Puis, il ne voudrait pas me répondre, cela est certain: c'est souffrir deux fois que de communiquer son

coeur en cet état anormal.

- Laisse-moi sortir de ce cimetière; je continuerai ma route.

- Tes jambes ne te soutiennent point; tu t'égarerais, pendant que tu cheminerais. Mon devoir est de t'offrir
un lit grossier; je n'en ai pas d'autre. Aie confiance en moi; car, l'hospitalité ne demandera point la

violation de tes secrets.

- O pou vénérable, toi dont le corps est dépourvu d'élytres, un jour, tu me reprochas avec aigreur de ne
pas aimer suffisamment ta sublime intelligence, qui ne se laisse pas lire: peut-être avais-tu raison,

puisque je ne sens même pas de la reconnaissance pour celui-ci. Fanal de Maldoror, où guides-tu ses pas?

- Chez moi. Que tu sois un criminel, qui n'a pas eu la précaution de laver sa main droite, avec du savon,
après avoir commis son forfait, et facile à reconnaître, par l'inspection de cette main; ou un frère qui a

perdu sa soeur; ou quelque monarque dépossédé, fuyant de ses royaumes, mon palais vraiment grandiose,

est digne de te recevoir. Il n'a pas été construit avec du diamant et des pierres précieuses, car ce n'est

qu'une pauvre chaumière, mal bâtie; mais, cette chaumière célèbre a un passé historique que le présent

renouvelle et continue sans cesse. Si elle pouvait parler, elle t'étonnerait, toi, qui me parais ne t'étonner de

rien. Que de fois, en même temps qu'elle, j'ai vu défiler, devant moi, les bières funéraires, contenant des

os bientôt plus vermoulus que le revers de ma porte, contre laquelle je m'appuyai. Mes innombrables

sujets augmentent chaque jour. Je n'ai pas besoin de faire, à des périodes fixes, aucun recensement pour

m'en apercevoir. Ici, c'est comme chez les vivants; chacun paie un impôt, proportionnel à la richesse de

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