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Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror
et qui ne périra qu'avec l'univers. Quelques-uns même ont affirmé que l'amour l'a réduit en cet état: ou que ces cris témoignent du repentir de quelque crime enseveli dans la nuit de son passé mystérieux. Mais le plus grand nombre pense qu'un incommensurable le torture, comme jadis Satan, et qu'il voulait égaler Dieu ...
J'entends dans le lointain des cris prolongés de la douleur la plus poignante.
- Mon fils, se sont là des confidences exceptionnelles: je plains ton âge de les avoir entendues, et j'espère que tu n'imiteras jamais cet homme.
Parle, ô mon Édouard; réponds que tu n'imiteras jamais cet homme.
- O mère bien-aimée, à qui je dois le jour, je te promets, si la sainte promesse d'un enfant a quelque valeur, de ne jamais imiter cet homme.
- C'est parfait, mon fils; il faut obéir à sa mère, en quoi que ce soit.
On n'entend plus les gémissements.
- Femme, as-tu fini ton travail?
- Il me manque quelques points à cette chemise, quoique nous ayons prolongé la veille bien tard.
- Moi aussi, je n'ai pas fini un chapitre commencé. Profitons des dernières lueurs de la lampe; car il n'y a presque plus d'huile, et achevons chacun notre travail ...
L'enfant s'est écrié:
- Si Dieu nous laisse vivre!
- Ange radieux, viens à moi: tu te promèneras dans la prairie, du matin jusqu'au soir: tu ne travailleras point. Mon palais magnifique est construit avec des murailles d'argent, des colonnes d'or et des portes de diamants. Tu te coucheras quand tu voudras, au son d'une musique céleste, sans faire ta prière. Quand, au matin, le soleil montrera ses rayons resplendissants et que l'alouette joyeuse emportera, avec elle, son cri, à perte de vue, dans les airs, tu pourras encore rester au lit, jusqu'à ce que cela te fatigue. Tu marcheras sur les tapis les plus précieux; tu seras constamment enveloppé dans une atmosphère composée des essences parfumées des fleurs les plus odorantes.
- Il est temps de reposer le corps et l'esprit. Lève-toi, mère de famille, sur tes chevilles musculeuses. Il est juste que tes doigts raidis abandonnent l'aiguille du travail exagéré. Les extrêmes n'ont rien de bon.
- Oh! que ton existence sera suave! Je te donnerai une bague enchantée; quand tu en retourneras le rubis, tu seras invisible, comme les princes, dans les contes des fées.
- Remets tes armes quotidiennes dans l'armoire protectrice, pendant que, de mon côté, j'arrange mes affaires.
- Quand tu le replaceras dans sa position ordinaire, tu reparaîtras tel que la nature t'a formé, ô jeune magicien. Cela, parce que je t'aime et que j'aspire à faire ton bonheur.
- Va-t'en, qui que tu sois; ne me prends pas par les épaules.
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