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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

Voilà, Madame, une bien longue Lettre. Elle ne le serait pas encore assez, si elle vous laissait le moindre
doute de l'honnêteté de mes sentiments, du regret bien sincère de vous avoir déplu, et du profond respect

avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

De... ce 9 septembre 17**.

LETTRE LXV

LE CHEVALIER DANCENY

À CÉCILE DE VOLANGES

(Envoyée ouverte à la Marquise de Merteuil

dans la Lettre LXVl du Vicomte. )

Ô ma Cécile, qu'allons-nous devenir? quel Dieu nous sauvera des malheurs qui nous menacent?

Que l'Amour nous donne au moins le courage de les supporter! Comment vous peindre mon étonnement,
mon désespoir à la vue de mes Lettres, à la lecture du billet de Madame de Volanges? qui a pu nous

trahir? sur qui tombent vos soupçons? auriez-vous commis quelque imprudence? que faites-vous à

présent? que vous a-t-on dit? Je voudrais tout savoir, et j'ignore tout. Peut-être vous même n'êtes-vous

pas plus instruite que moi.

Je vous envoie le billet de votre maman, et la copie de ma Réponse. J'espère que vous approuverez ce
que je lui dis. J'ai bien besoin que vous approuviez aussi les démarches que j'ai faites depuis ce fatal

événement, elles ont toutes pour but d'avoir de vos nouvelles, de vous donner des miennes; et, que

sait-on? peut-être de vous revoir encore, et plus librement que jamais.

Concevez-vous, ma Cécile, quel plaisir de nous retrouver ensemble, de pouvoir nous jurer de nouveau un
amour éternel, et de voir dans nos yeux, de sentir dans nos âmes que ce serment ne sera pas trompeur?

Quelles peines un moment si doux ne ferait-il pas oublier? Hé bien! j'ai l'espoir de le voir naître, et je le

dois à ces mêmes démarches que je vous supplie d'approuver. Que dis-je? je le dois aux soins

consolateurs de l'ami le plus tendre; et mon unique demande est que vous permettiez que cet ami soit

aussi le vôtre.

Peut-être ne devais-je pas donner votre confiance sans votre aveu? mais j'ai pour excuse le malheur et la
nécessité. C'est l'amour qui m'a conduit; c'est lui qui réclame votre indulgence, qui vous demande de

pardonner une confidence nécessaire, et sans laquelle nous restions peut-être à jamais séparés.

Vous connaissez l'ami dont je vous parle; il est celui de la femme que vous aimez le mieux. C'est le
Vicomte de Valmont.

Mon projet, en m'adressant à lui, était d'abord de le prier d'engager Madame de Merteuil à se charger

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