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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

de nouveaux ordres de votre part.

Cependant, dans le cas où vous me permettriez de vous faire ma cour quelquefois, je m'engage, Madame
(et vous pouvez compter sur ma promesse), à ne point abuser de ces occasions pour tenter de parler en

particulier à Mademoiselle de Volanges, ou de lui faire tenir aucune Lettre. La crainte de ce qui pourrait

compromettre sa réputation m'engage à ce sacrifice; et le bonheur de la voir quelquefois m'en

dédommagera.

Cet article de ma Lettre est aussi la seule réponse que je puisse faire à ce que vous me dites sur le sort
que vous destinez à Mademoiselle de Volanges, et que vous voulez rendre dépendant de ma conduite.

Ce serait vous tromper que de vous promettre davantage. Un vil séducteur peut plier ses projets aux
circonstances, et calculer avec les événements: mais l'amour qui m'anime ne me permet que deux

sentiments: le courage et la constance.

Qui, moi! consentir à être oublié de Mademoiselle de Volanges, à l'oublier moi-même? non, non jamais!
Je lui serai fidèle; elle en a reçu le serment, et je le renouvelle en ce jour. Pardon, Madame, je m'égare, il

faut revenir.

Il me reste un autre objet à traiter avec vous, celui des Lettres que vous me demandez. Je suis vraiment
peiné d'ajouter un refus aux torts que vous me trouvez déjà: mais, je vous en supplie, écoutez mes

raisons, et daignez vous souvenir, pour les apprécier, que la seule consolation au malheur d'avoir perdu

votre amitié est l'espoir de conserver votre estime.

Les Lettres de Mademoiselle de Volanges, toujours si précieuses pour moi, me le deviennent bien plus
dans ce moment. Elles sont l'unique bien qui me reste; elles seules me retracent encore un sentiment qui

fait tout le charme de ma vie. Cependant, vous pouvez m'en croire, je ne balancerais pas un instant à vous

en faire le sacrifice, et le regret d'en être privé céderait au désir de vous prouver ma déférence

respectueuse; mais des considérations puissantes me retiennent, et je m'assure que vous même ne pourrez

les blâmer.

Vous avez, il est vrai, le secret de Mademoiselle de Volanges; mais permettez-moi de le dire, je suis
autorisé à croire que c'est l'effet de la surprise, et non de la confiance. Je ne prétends pas blâmer une

démarche qu'autorise, peut-être, la sollicitude maternelle. Je respecte vos droits, mais ils ne vont pas

jusqu'à me dispenser de mes devoirs. Le plus sacré de tous est de ne jamais trahir la confiance qu'on nous

accorde. Ce serait y manquer, que d'exposer aux yeux d'un autre les secrets d'un coeur qui n'a voulu les

dévoiler qu'aux miens. Si Mademoiselle votre fille consent à vous les confier, qu'elle parle; ses Lettres

vous sont inutiles. Si elle veut, au contraire, renfermer son secret en elle-même, vous n'attendez pas, sans

doute, que ce soit moi qui vous en instruise.

Quant au mystère dans lequel vous désirez que cet événement reste enseveli, soyez tranquille, Madame;
sur tout ce qui intéresse Mademoiselle de Volanges, je peux défier le coeur même d'une mère.

Pour achever de vous ôter toute inquiétude, j'ai tout prévu. Ce dépôt précieux, qui portait jusqu'ici pour
suscription: papiers à brûler porte à présent:

Papiers appartenant à Madame de Volanges. Ce parti que je prends doit vous prouver ainsi que mes refus
ne portent pas sur la crainte que vous trouviez dans ces lettres un seul sentiment dont vous ayez

personnellement à vous plaindre.

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