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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

élève.

Je crois avoir oublié de vous dire que ses soupçons au sujet de sa correspondance trahie s'étaient portés
d'abord sur sa Femme de chambre, et que je les ai détournés sur le Confesseur. C'est faire d'une pierre

deux coups.

Adieu, Vicomte; voilà bien longtemps que je suis à vous écrire, et mon dîner en a été retardé: mais
l'amour-propre et l'amitié dictaient ma Lettre, et tous deux sont bavards. Au reste, elle sera chez vous à

trois heures, et c'est tout ce qu'il vous faut.

Plaignez-vous de moi à présent, si vous l'osez; et allez revoir, si vous en êtes tenté, le bois du Comte de
B***. vous dites qu'il le garde pour le plaisir de ses amis! Cet homme est donc l'ami de tout le monde?

Mais adieu, j'ai faim.

De.., ce 9 septembre 17**.

LETTRE LXIV

LE CHEVALIER DANCENY

À MADAME DE VOLANGES

(Minute jointe à la Lettre LXVl du Vicomte à la Marquise. )

Sans chercher, Madame, à justifier ma conduite, et sans me plaindre de la vôtre, je ne puis que m'affliger
d'un événement qui fait le malheur de trois personnes, toutes trois dignes d'un sort plus heureux. Plus

sensible encore au chagrin d'en être la cause qu'à celui d'en être victime, j'ai souvent essayé, depuis hier,

d'avoir l'honneur de vous répondre sans pouvoir en trouver la force. J'ai cependant tant de choses à vous

dire, qu'il faut bien faire un effort sur soi-même; et si cette Lettre a peu d'ordre et de suite, vous devez

sentir assez combien ma situation est douloureuse, pour m'accorder quelque indulgence.

Permettez-moi d'abord de réclamer contre la première phrase de votre Lettre. Je n'ai abusé, j'ose le dire,
ni de votre confiance ni de l'innocence de Mademoiselle de Volanges; j'ai respecté l'une et l'autre dans

mes actions. Elles seules dépendaient de moi; et quand vous me rendriez responsable d'un sentiment

involontaire, je ne crains pas d'ajouter que celui que m'a inspiré Mademoiselle votre fille est tel qu'il peut

vous déplaire, mais non vous offenser. Sur cet objet qui me touche plus que je ne puis vous dire, je ne

veux que vous pour juge, et mes Lettres pour témoins.

Vous me défendez de me présenter chez vous à l'avenir, et sans doute je me soumettrai à tout ce qu'il
vous plaira d'ordonner à ce sujet: mais cette absence subite et totale ne donnera-t-elle donc pas autant de

prise aux remarques que vous voulez éviter, que l'ordre que, par cette raison même, vous n'avez point

voulu donner à votre porte? J'insisterai d'autant plus sur ce point, qu'il est bien plus important pour

Mademoiselle de Volanges que pour moi.

Je vous supplie donc de peser attentivement toutes choses, et de ne pas permettre que votre sévérité altère
votre prudence. Persuadé que l'intérêt seul de Mademoiselle votre fille dictera vos résolutions, j'attendrai

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