bibliotheq.net - littérature française
 

Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

pour Danceny. Je n'ose pas me confier à Joséphine pour cet objet, et encore moins à ma Femme de
chambre; car c'est peut-être elle qui aura dit à ma mère que j'avais des Lettres dans mon secrétaire.

Je ne t'écrirai pas plus longuement, parce que je veux avoir le temps d'écrire à Madame de Merteuil, et
aussi à Danceny, pour avoir ma Lettre toute prête, si elle veut bien s'en charger. Après cela, je me

recoucherai, pour qu'on me trouve au lit quand on entrera dans ma chambre. Je dirai que je suis malade,

pour me dispenser de passer chez Maman.

Je ne mentirai pas beaucoup; sûrement je souffre plus que si j'avais la fièvre. Les yeux me brûlent à force
d'avoir pleuré; et j'ai un poids sur l'estomac, qui m'empêche de respirer. Quand je songe que je ne verrai

plus Danceny, je voudrais être morte.

Adieu, ma chère Sophie. Je ne peux t'en dire davantage; les larmes me suffoquent.

De... ce 7 septembre 17**.

LETTRE LXII

MADAME DE VOLANGES

AU CHEVALIER DANCENY

Après avoir abusé, Monsieur, de la confiance d'une mère et de l'innocence d'un enfant, vous ne serez pas
surpris, sans doute, de ne plus être reçu dans une maison où vous n'avez répondu aux preuves de l'amitié

la plus sincère, que par l'oubli de tous les procédés. Je préfère de vous prier de ne plus venir chez moi, à

donner des ordres à ma porte, qui nous compromettraient tous également, par les remarques que les

valets ne manqueraient pas de faire. J'ai droit d'espérer que vous ne me forcerez pas de recourir à ce

moyen. Je vous préviens aussi que si vous faites à l'avenir la moindre tentative pour entretenir ma fille

dans l'égarement où vous l'avez plongée, une retraite austère et éternelle la soustraira à vos poursuites.

C'est à vous de voir, Monsieur, si vous craindrez aussi peu de causer son infortune, que vous avez peu

craint de tenter son déshonneur. Quant à moi, mon choix est fait, et je l'en ai instruite.

vous trouverez ci-joint le paquet de vos Lettres.

Je compte que vous me renverrez en échange toutes celles de ma fille; et que vous vous prêterez à ne
laisser aucune trace d'un événement dont nous ne pourrions garder le souvenir, moi sans indignation, elle

sans honte, et vous sans remords. J'ai l'honneur d'être, etc.

De... ce 7 septembre 17**.

LETTRE LXIII

LA MARQUISE DE MERTEUIL

< page précédente | 77 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.