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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

mais il faut que je vous parle, que je vous instruise. vous me plaindrez, vous me secourrez; je n'ai
d'espoir qu'en vous. Vous êtes sensible, vous connaissez l'amour, et vous êtes le seul à qui je puisse me

confier; ne me refusez pas vos secours.

Adieu, Monsieur; le seul soulagement que j'éprouve dans ma douleur est de songer qu'il me reste un ami
tel que vous. Faites-moi savoir, je vous prie, à quelle heure je pourrai vous trouver. Si ce n'est pas ce

matin, je désirerais que ce fût de bonne heure dans l'après-midi.

De... ce 8 septembre 17**.

LETTRE LXI

CÉCILE DE VOLANGES

À SOPHIE CARNAY

Ma chère Sophie, plains ta Cécile, ta pauvre Cécile; elle est bien malheureuse! Maman sait tout.

Je ne conçois pas comment elle a pu se douter de quelque chose, et pourtant elle a tout découvert.

Hier au soir, Maman me parut bien avoir un peu d'humeur; mais je n'y fis pas grande attention; et même
en attendant que sa partie fût finie, je causai très gaiement avec Madame de Merteuil qui avait soupé ici,

et nous parlâmes beaucoup de Danceny.

Je ne crois pourtant pas qu'on ait pu nous entendre.

Elle s'en alla, et je me retirai dans mon appartement.

Je me déshabillais, quand Maman entra et fit sortir ma Femme de chambre; elle me demanda la clef de
mon secrétaire. Le ton dont elle me fit cette demande me causa un tremblement si fort que je pouvais à

peine me soutenir. Je faisais semblant de ne la pas trouver, mais enfin il fallut obéir. Le premier tiroir

qu'elle ouvrit fut justement celui où étaient les Lettres du Chevalier Danceny. J'étais si troublée, que

quand elle me demanda ce que c'était, je ne sus lui répondre autre chose, sinon que ce n'était rien; mais

quand je la vis commencer à lire celle qui se présentait la première, je n'eus que le temps de gagner un

fauteuil, et je me trouvai mal au point que je perdis connaissance. Aussitôt que je revins à moi, ma mère,

qui avait appelé ma Femme de chambre, se retira, en me disant de me coucher.

Elle a emporté toutes les Lettres de Danceny. Je frémis toutes les fois que je songe qu'il me faudra
reparaître devant elle. Je n'ai fait que pleurer toute la nuit.

Je t'écris au point du jour, dans l'espoir que Joséphine viendra. Si je peux lui parler seule, je la prierai de
remettre chez Madame de Merteuil un petit billet que je vais lui écrire; sinon, je le mettrai dans ta Lettre,

et tu voudras bien l'envoyer comme de toi.

Ce n'est que d'elle que je puis recevoir quelque consolation. Au moins, nous parlerons de lui, car je
n'espère plus le voir. Je suis bien malheureuse! Elle aura peut-être la bonté de se charger d'une Lettre

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