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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

qui en ont.

Au reste, pour que cette ridicule scène ne se renouvelât pas, je n'ai pas manqué d'élever quelques doutes
dans l'esprit de la petite fille sur la discrétion des Confesseurs; et je vous assure qu'elle paie à présent la

peur qu'elle m'a faite, par celle qu'elle a que le sien n'aille tout dire à sa mère. J'espère qu'après que j'en

aurai causé encore une fois ou deux avec elle, elle n'ira plus raconter ainsi ses sottises au premier venu.

Adieu, Vicomte; emparez-nous de Danceny, et conduisez-le. Il serait honteux que nous ne fissions pas ce
que nous voulons de deux enfants. Si nous y trouvons plus de peine que nous ne l'avions cru d'abord,

songeons, pour animer notre zèle, vous, qu'il s'agit de la fille de Madame de Volanges, et moi, qu'elle

doit devenir la femme de Gercourt.

Adieu.

De... ce 2 septembre 17**.

LETTRE LII

LE VICOMTE DE VALMONT

À LA PRÉSIDENTE DE TOURVEL

Vous me défendez, Madame, de vous parler de mon amour; mais où trouver le courage nécessaire pour
vous obéir? Uniquement occupé d'un sentiment qui devrait être si doux, et que vous rendez si cruel;

languissant dans l'exil où vous m'avez condamné; ne vivant que de privations et de regrets; en proie à des

tourments d'autant plus douloureux, qu'ils me rappellent sans cesse votre indifférence; me faudra-t-il

encore perdre la seule consolation qui me reste? et puis-je en avoir d'autre, que de vous ouvrir

quelquefois une âme que vous remplissez de trouble et d'amertume? Détournerez-vous vos regards, pour

ne pas voir les pleurs que vous faites répandre? Refuserez-vous jusqu'à l'hommage des sacrifices que

vous exigez? Ne serait-il donc pas plus digne de vous, de votre âme honnête et douce, de plaindre un

malheureux, qui ne l'est que par vous, que de vouloir encore aggraver ses peines, par une défense à la fois

injuste et rigoureuse.

Vous feignez de craindre l'amour, et vous ne voulez pas voir que vous seule causez les maux que vous lui
reprochez. Ah! sans doute, ce sentiment est pénible, quand l'objet qui l'inspire ne le partage point; mais

où trouver le bonheur, si un amour réciproque ne le procure pas? L'amitié tendre, la douce confiance et la

seule qui soit sans réserve, les peines adoucies, les plaisirs augmentés, l'espoir enchanteur, les souvenirs

délicieux, où les trouver ailleurs que dans l'amour? vous le calomniez, vous qui, pour jouir de tous les

biens qu'il vous offre, n'avez qu'à ne plus vous y refuser; et moi j'oublie les peines que j'éprouve, pour

m'occuper à le défendre.

Vous me forcez aussi à me défendre moi-même; car tandis que je consacre ma vie à vous adorer, vous
passez la vôtre à me chercher des torts: déjà vous me supposez léger et trompeur; et abusant, contre moi,

de quelques erreurs, dont moi-même je vous ai fait l'aveu, vous vous plaisez à confondre ce que j'étais

alors, avec ce que je suis à présent. Non contente de m'avoir livré au tourment de vivre loin de vous, vous

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