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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

n'est que la Mère Perpétue n'est pas là pour me gronder, et qu'il ne tiendrait qu'à moi d'être toujours à rien
faire: mais comme je n'ai pas ma Sophie pour causer et pour rire, j'aime autant m'occuper.

Il n'est pas encore cinq heures; je ne dois aller retrouver Maman qu'à sept: voilà bien du temps, si j'avais
quelque chose à te dire! Mais on ne m'a encore parlé de rien; et sans les apprêts que je vois faire, et la

quantité d'Ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu'on ne songe pas à me marier, et que c'est

un radotage de plus de la bonne Joséphine. Cependant Maman ma dit si souvent qu'une Demoiselle

devait rester au Couvent jusqu'à ce qu'elle se mariât, que puisqu'elle m'en fait sortir, il faut bien que

Joséphine ait raison.

Il vient d'arrêter un carrosse à la porte, et Maman me fait dire de passer chez elle tout de suite. Si c'était
le Monsieur? Je ne suis pas habillée, la main me tremble et le coeur me bat. J'ai demandé à la Femme de

chambre, si elle savait qui était chez ma mère: "vraiment, m'a-t-elle dit, c'est M. C***." Et elle riait. Oh!

je crois que c'est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. voilà toujours son nom. Il ne

faut pas se faire attendre.

Adieu, jusqu'à un petit moment.

Comme tu vas te moquer de la pauvre Cécile!

Oh! j'ai été bien honteuse! Mais tu y aurais été attrapée comme moi. En entrant chez Maman, j'ai vu un
Monsieur en noir, debout près d'elle. Je l'ai salué du mieux que j'ai pu, et suis restée sans pouvoir bouger

de ma place. Tu juges combien je l'examinais! "Madame", a-t-il dit à ma mère, en me saluant, "voilà une

charmante Demoiselle, et je sens mieux que jamais le prix de vos bontés." À ce propos si positif, il m'a

pris un tremblement tel, que je ne pouvais me soutenir; j'ai trouvé un fauteuil, et je m'y suis assise, bien

rouge et bien déconcertée. J'y étais à peine, que voilà cet homme à mes genoux. Ta pauvre Cécile alors a

perdu la tête; j'étais, comme a dit Maman, tout effarouchée. Je me suis levée en jetant un cri perçant;

tiens, comme ce jour du tonnerre. Maman est partie d'un éclat de rire, en me disant: "Eh bien!

qu'avez-vous? Asseyez-vous et donnez votre pied à Monsieur." En effet, ma chère amie, le Monsieur

était un Cordonnier. Je ne peux te rendre combien j'ai été honteuse: par bonheur il n 'y avait que Maman.

Je crois que, quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce Cordonnier-là.

Conviens que nous voilà bien savantes! Adieu. Il est près de six heures, et ma Femme de chambre dit
qu'il faut que je m'habille. Adieu, ma chère Sophie; je t'aime comme si j'étais encore au Couvent.

P.S. - Je ne sais par qui envoyer ma Lettre: ainsi j'attendrai que Joséphine vienne.

Paris, ce 3 août 17**

LETTRE II

LA MARQUISE DE MERTEUIL

AU VICOMTE DE VALMONT

au Château de...

Revenez, mon cher Vicomte, revenez: que faites-vous, que pouvez-vous faire chez une vieille tante dont

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