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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

Oui, sans doute, nous serons heureux. Mon bonheur est bien sûr, puisque je suis aimé de vous; le vôtre ne
finira jamais, s'il doit durer autant que l'amour que vous m'avez inspiré. Quoi! vous m'aimez, vous ne

craignez plus de m'assurer de votre amour! Plus vous me le dites, et plus vous êtes contente! Après avoir

lu ce charmant je vous aime, écrit de votre main, j'ai entendu votre belle bouche m'en répéter l'aveu. J'ai

vu se fixer sur moi ces yeux charmants qu'embellissait encore l'expression de la tendresse. J'ai reçu vos

serments de vivre toujours pour moi. Ah! recevez le mien de consacrer ma vie entière à votre bonheur;

recevez-le, et soyez sûre que je ne le trahirai pas.

Quelle heureuse journée nous avons passée hier! Ah! pourquoi Madame de Merteuil n'a-t-elle pas tous
les jours des secrets à dire à votre Maman?

pourquoi faut-il que l'idée de la contrainte qui nous attend vienne se mêler au souvenir délicieux qui
m'occupe? pourquoi ne puis-je sans cesse tenir cette jolie main qui m'a écrit je vous aime! la couvrir de

baisers, et me venger ainsi du refus que vous m'avez fait d'une faveur plus grande!

Dites-moi, ma Cécile, quand votre Maman a été rentrée; quand nous avons été forcés, par sa présence, de
n'avoir plus l'un pour l'autre que des regards indifférents; quand vous ne pouviez plus me consoler, par

l'assurance de votre amour, du refus que vous faisiez de m'en donner des preuves, n'avez-vous donc senti

aucun regret? ne vous êtes-vous pas dit: Un baiser l'eût rendu plus heureux, et c'est moi qui lui ai ravi ce

bonheur? Promettez-moi, mon aimable amie, qu'à la première occasion vous serez moins sévère. A l'aide

de cette promesse, je trouverai du courage pour supporter les contrariétés que les circonstances nous

préparent; et les privations cruelles seront au moins adoucies par la certitude que vous en partagez le

secret.

Adieu, ma charmante Cécile: voici l'heure où je dois me rendre chez vous. Il me serait impossible de
vous quitter, si ce n'était pour aller vous revoir.

Adieu, vous que j'aime tant! vous, que j'aimerai toujours davantage!

De... ce 25 août 17**.

LETTRE XXXII

MADAME DE VOLANGES

À LA PRÉSIDENTE DE TOURVEL

Vous voulez donc, Madame, que je croie à la vertu de M. de Valmont? J'avoue que je ne puis m'y
résoudre, et que j'aurais autant de peine à le juger honnête, d'après le seul fait que vous me racontez, qu'à

croire vicieux un homme de bien reconnu, dont j'apprendrais une faute. L'humanité n'est parfaite dans

aucun genre, pas plus dans le mal que dans le bien. Le scélérat a ses vertus, comme l'honnête homme a

ses faiblesses. Cette vérité me paraît d'autant plus nécessaire à croire, que c'est d'elle que dérive la

nécessité de l'indulgence pour les méchants comme pour les bons; et qu'elle préserve ceux-ci de l'orgueil,

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