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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

vous pourrez le voir, est la seule, la véritable cause de tout ce qui s'est passé entre M. de Valmont et moi.

Un sentiment de justice m'a porté aussi à publier la seconde pour la justification de M. de Prévan, que je
connais à peine, mais qui n'avait aucunement mérité le traitement rigoureux qu'il vient d'éprouver, ni la

sévérité des jugements du public, plus redoutable encore, et sous laquelle il frémit depuis ce temps, sans

avoir rien pour s'en défendre.

Vous ne trouverez donc que la copie de ces deux Lettres, dont je me dois en garder les originaux.

Pour tout le reste, je ne crois pas pouvoir remettre en de plus sûres mains un dépôt qu'il m'importe
peut-être qui ne soit pas détruit, mais dont je rougirais d'abuser. Je crois, Madame, en vous confiant ces

papiers, servir aussi bien les personnes qu'ils intéressent, qu'en les leur remettant à elles-mêmes; et je leur

sauve l'embarras de les recevoir de moi, et de me savoir instruit d'aventures, que sans doute elles désirent

que tout le monde ignore.

Je crois devoir vous prévenir à ce sujet que cette correspondance ci-jointe n'est qu'une partie d'une
collection bien plus volumineuse, dont M. de Valmont l'a tirée en ma présence, et que vous devez

retrouver à la levée des scellés, sous le titre, que j'ai vu, de Compte ouvert entre la Marquise de Merteuil

et le Vicomte de Valmont. vous prendrez, sur cet objet, le parti que vous suggérera votre prudence.

Je suis avec respect, Madame, etc.

P.-S. - Quelques avis que j'ai reçus, et les conseils de mes amis m'ont décidé à m'absenter de Paris pour
quelque temps: mais le lieu de ma retraite, tenu secret pour tout le monde, ne le sera pas pour vous. Si

vous m'honorez d'une réponse, je vous prie de l'adresser à la Commanderie de..., par P..., et sous le

couvert de M. le Commandeur de ***. C'est de chez lui que j'ai l'honneur de vous écrire.

Paris, ce 12 décembre 17**.

LETTRE CLXX

MADAME DE VOLANGES

À MADAME DE ROSEMONDE

Je marche, ma chère amie, de surprise en surprise, et de chagrin en chagrin. Il faut être mère, pour avoir
l'idée de ce que j'ai souffert hier toute la matinée; et si mes plus cruelles inquiétudes ont été calmées

depuis, il me reste encore une vive affliction, et dont je ne prévois pas la fin.

Hier, vers dix heures du matin, étonnée de ne pas avoir encore vu ma fille, j'envoyai ma Femme de
chambre pour savoir ce qui pouvait occasionner ce retard. Elle revint le moment d'après fort effrayée, et

m'effraya bien davantage, en m'annonçant que ma fille n'était pas dans son appartement; et que depuis le

matin sa Femme de chambre ne l'y avait pas trouvée. Jugez de ma situation! Je fis venir tous mes Gens,

et surtout mon Portier: tous me jurèrent ne rien savoir et ne pouvoir rien m'apprendre sur cet événement.

Je passai aussitôt dans la chambre de ma fille. Le désordre qui y régnait m'apprit bien qu'apparemment

elle n'était sortie que le matin: mais je n'y trouvai d'ailleurs aucun éclaircissement.

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