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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

LETTRE CLXVII

ANONYME À M. LE CHEVALIER DANCENY

Monsieur, J'ai l'honneur de vous prévenir que ce matin, au parquet de la Cour, il a été question parmi
MM. les Gens du Roi de l'affaire que vous avez eue ces jours derniers avec M. le Vicomte de Valmont, et

qu'il est à craindre que le Ministère public n'en rende plainte. J'ai cru que cet avertissement pourrait vous

être utile, soit pour que vous fassiez agir vos protections, pour arrêter ces suites fâcheuses; soit, au cas

que vous n'y puissiez parvenir, pour vous mettre dans le cas de prendre vos sûretés personnelles.

Si même vous me permettez un conseil, je crois que vous feriez bien, pendant quelque temps, de vous
montrer moins que vous ne l'avez fait depuis quelques jours. Quoique ordinairement on ait de

l'indulgence pour ces sortes d'affaires, on doit néanmoins toujours ce respect à la Loi.

Cette précaution devient d'autant plus nécessaire, qu'il m'est revenu qu'une madame de Rosemonde,
qu'on m'a dit tante de M. de Valmont, voulait rendre plainte contre vous; et qu'alors la Partie publique ne

pourrait pas se refuser à sa réquisition. Il serait peut-être à propos que vous pussiez faire parler à cette

Dame.

Des raisons particulières m'empêchent de signer cette Lettre. Mais je compte que, pour ne pas savoir de
qui elle vous vient, vous n'en rendrez pas moins justice au sentiment qui l'a dictée.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Paris, ce 10 décembre 17**.

LETTRE CLXVIII

MADAME DE VOLANGES

À MADAME DE ROSEMONDE

Il se répand ici, ma chère et digne amie, sur le compte de Madame de Merteuil, des bruits bien étonnants
et bien fâcheux. Assurément, je suis loin d'y croire, et je parierais bien que ce n'est qu'une affreuse

calomnie: mais je sais trop combien les méchancetés, même les moins vraisemblables, prennent aisément

consistance; et combien l'impression qu'elles laissent s'efface difficilement, pour ne pas être très alarmée

de celles-ci, toutes faciles que je les crois à détruire. Je désirerais, surtout, qu'elles pussent être arrêtées

de bonne heure, et avant d'être plus répandues. Mais je n'ai su qu'hier, fort tard, ces horreurs qu'on

commence seulement à débiter; et quand j'ai envoyé ce matin chez Madame de Merteuil, elle venait de

partir pour la campagne où elle doit passer deux jours. On n'a pas pu me dire chez qui elle était allée. Sa

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