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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

malheureuse aventure me soulève de plus en plus contre son auteur.

Adieu, ma chère amie; je retourne à mes tristes soins, qui le deviennent bien davantage encore par le peu
d'espoir que j'ai de les voir réussir. vous connaissez mes sentiments pour vous.

Paris, ce 5 décembre 17**.

LETTRE CLV

LE VICOMTE DE VALMONT

AU CHEVALIER DANCENY

J'ai passé deux fois chez vous, mon cher Chevalier: mais depuis que vous avez quitté le rôle d'Amant
pour celui d'homme à bonnes fortunes, vous êtes, comme de raison, devenu introuvable.

Votre valet de chambre m'a assuré cependant que vous rentreriez chez vous ce soir; qu'il avait ordre de
vous attendre: mais moi, qui suis instruit de vos projets, j'ai très bien compris que vous ne rentreriez que

pour un moment, pour prendre le costume de la chose, et que sur-le-champ vous recommenceriez vos

courses victorieuses. A la bonne heure, et je ne puis qu'y applaudir: mais peut-être, pour ce soir,

allez-vous être tenté de changer leur direction. Vous ne savez encore que la moitié de vos affaires; il faut

vous mettre au courant de l'autre, et puis, vous vous déciderez. Prenez donc le temps de lire ma Lettre.

Ce ne sera pas vous distraire de vos plaisirs, puisque au contraire elle n'a d'autre objet que de vous
donner le choix entre eux.

Si j'avais eu votre confiance entière, si j'avais su par vous la partie de vos secrets que vous m'avez laissée
à deviner, j'aurais été instruit à temps; et mon zèle, moins gauche, ne gênerait pas aujourd'hui votre

marche. Mais partons du point où nous sommes. Quelque parti que vous preniez, votre pis aller ferait

toujours bien le bonheur d'un autre.

Vous avez un rendez-vous pour cette nuit, n'est-il pas vrai? avec une femme charmante et que vous
adorez? car à votre âge, quelle femme n'adore-t-on pas, au moins les huit premiers jours! Le lieu de la

scène doit encore ajouter à vos plaisirs. Une petite maison délicieuse, et qu'on n'a prise que pour vous,

doit embellir la volupté, des charmes de la liberté, et de ceux du mystère. Tout est convenu; on vous

attend: et vous brûlez de vous y rendre! voilà ce que nous savons tous deux, quoique vous ne m'en ayez

rien dit. Maintenant, voici ce que vous ne savez pas, et qu'il faut que je vous dise.

Depuis mon retour à Paris, je m'occupais des moyens de vous rapprocher de Mademoiselle de Volantes,
je vous l'avais promis; et encore la dernière fois que je vous en parlai, j'eus lieu de juger par vos

réponses, je pourrais dire par vos transports, que c'était m'occuper de votre bonheur. Je ne pouvais pas

réussir à moi seul dans cette entreprise assez difficile: mais après avoir préparé les moyens, j'ai remis le

reste au zèle de votre jeune Maîtresse.

Elle a trouvé, dans son amour, des ressources qui avaient manqué à mon expérience: enfin votre malheur
veut qu'elle ait réussi. Depuis deux jours, m'a-t-elle dit ce soir, tous les obstacles sont surmontés, et votre

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