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Pierre Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses

LA PRÉSIDENTE DE TOURVEL

À MADAME DE VOLANGES

On ne peut être plus sensible que je le suis, Madame, à la confiance que vous me témoignez, ni prendre
plus d'intérêt que moi à l'établissement de Mademoiselle de Volanges. C'est bien de toute mon âme que

je lui souhaite une félicité dont je ne doute pas qu'elle ne soit digne, et sur laquelle je m'en rapporte bien

à votre prudence. Je ne connais point M. le Comte de Gercourt; mais, honoré de votre choix, je ne puis

prendre de lui qu'une idée très avantageuse. Je me borne, Madame, à souhaiter à ce mariage un succès

aussi heureux qu'au mien, qui est pareillement votre ouvrage, et pour lequel chaque jour ajoute à ma

reconnaissance. Que le bonheur de Mademoiselle votre fille soit la récompense de celui que vous m'avez

procuré; et puisse la meilleure des amies être aussi la plus heureuse des mères!

Je suis vraiment peinée de ne pouvoir vous offrir de vive voix l'hommage de ce voeu sincère, et faire,
aussi tôt que je le désirerais, connaissance avec Mademoiselle de Volanges. Après avoir éprouvé vos

bontés vraiment maternelles, j'ai droit d'espérer d'elle l'amitié tendre d'une soeur. Je vous prie, Madame,

de vouloir bien la lui demander de ma part, en attendant que je me trouve à portée de la mériter.

Je compte rester à la campagne tout le temps de l'absence de M. de Tourvel. J'ai pris ce temps pour jouir
et profiter de la société de la respectable Madame de Rosemonde. Cette femme est toujours charmante:

son grand âge ne lui fait rien perdre; elle conserve toute sa mémoire et sa gaieté. Son corps seul a

quatre-vingt-quatre ans; son esprit n'en a que vingt.

Notre retraite est égayée par son neveu le Vicomte de Valmont, qui a bien voulu nous sacrifier quelques
jours. Je ne le connaissais que de réputation, et elle me faisait peu désirer de le connaître davantage: mais

il me semble qu'il vaut mieux qu'elle. Ici, où le tourbillon du monde ne le gâte pas, il parle raison avec

une facilité étonnante, et il s'accuse de ses torts avec une candeur rare. Il me parle avec beaucoup de

confiance, et je le prêche avec beaucoup de sévérité. vous qui le connaissez, vous conviendrez que ce

serait une belle conversion à faire: mais je ne doute pas, malgré ses promesses, que huit jours de Paris ne

lui fassent oublier tous mes sermons. Le séjour qu'il fera ici sera au moins autant de retranché sur sa

conduite ordinaire: et je crois que, d'après sa façon de vivre, ce qu'il peut faire de mieux est de ne rien

faire du tout. Il sait que je suis occupée à vous écrire, et il m'a chargée de vous présenter ses respectueux

hommages. Recevez aussi le mien avec la bonté que je vous connais, et ne doutez jamais des sentiments

sincères avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

Du Château de... ce 9 août 17**.

LETTRE IX

MADAME DE VOLANGES

À LA PRÉSIDENTE DE TOURVEL

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