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Charles Perrault - Contes

poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié de vous venir avertir de l'état où il est, et de vous dire de
me donner tout ce qu'il a de vaillant, sans en rien retenir, parce qu'autrement ils le tueront sans

miséricorde.

Comme la chose presse beaucoup il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà, pour faire
diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un affronteur.

La bonne femme, fort effrayée, lui donna aussitôt tout ce qu'elle avait ; car cet Ogre ne laissait pas d'être
fort bon mari, quoiqu'il mangeât les petits enfants.

Le Petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de l'Ogre, s'en revint au logis de son père, où il
fut reçu avec bien de la joie.

Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d'accord de cette dernière circonstance. et qui prétendent que le
Petit Poucet n'a jamais fait ce vol a l'Ogre ; qu'à la vérité il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses

bottes de sept lieues, parce qu'il ne s'en servait que pour courir après les petits enfants.

Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du
bûcheron. Ils assurent que lorsque le Petit Poucet eut chaussé les bottes de l'Ogre, il s'en alla à la cour, où

il savait qu'on était fort en peine d'une armée qui était à deux cent lieues de là, et du succès d'une bataille

qu'on avait donnée.

Il alla, disent-ils, trouver le roi et lui dit que, s'il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l'armée
avant la fin du jour.

Le roi lui promit une grosse somme d'argent s'il en venait à bout.

Le Petit Poucet rapporta des nouvelles, dès le soir même ; et, cette première course l'ayant fait connaître,
il gagnait tout ce qu'il voulait ; car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l'armée.

Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de bien, il
revint chez son père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir.

Il mit toute la famille à son aise. Il acheta des offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères
; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps.

LA BELLE AU BOIS DORMANT

II était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne
saurait dire. Ils allèrent à toutes les eaux du monde : voeux, pèlerinages, menues dévotions, tout fut mis

en oeuvre, et rien n'y faisait. Enfin, pourtant, la reine eut une fille. On fit un beau baptême ; on donna

pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu'on put trouver dans le pays (il s'en trouva sept). afin

que, chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des fées en ce temps-là, la princesse

eût, par ce moyen, toutes les perfections imaginables.

Après les cérémonies du baptême, toute la compagnie revint au palais du roi, où il y avait un grand festin
pour les fées.

On mit devant chacune d'elles un couvert magnifique, avec un étui d'or massif où il y avait une cuiller,
une fourchette et un couteau de fin or, garnis de diamants et de rubis.

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