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Charles Perrault - Contes

Ils descendirent doucement dans le jardin et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque
toute la nuit, toujours en tremblant, et sans savoir où ils allaient.

L'Ogre, s'étant éveillé, dit à sa femme :

- Va-t'en là-haut habiller ces petits drôles d'hier au soir.

L'Ogresse fut fort étonnée de la bonté de son mari. ne se doutant point de la manière qu'il entendait
qu'elle les habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les aller vêtir. Elle monta en haut, où elle fut bien

surprise, lorsqu'elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang.

Elle commença par s'évanouir. L'Ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne
dont il l'avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu'il vit

cet affreux spectacle.

- Ah ! qu'ai-je fait là ? s'écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout à l'heure.

Il jeta aussitôt une potée d'eau dans le nez de sa femme ; et, l'ayant fait revenir :

- Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j'aille les attraper.

Il se mit en campagne, et, après avoir couru bien loin de tous les côtés, enfin il entra dans le chemin où
marchaient ces pauvres enfants, qui n'étaient plus qu'à cent pas du logis de leur père.

Ils virent l'Ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il
aurait fait le moindre ruisseau.

Le Petit Poucet, qui vit un rocher creux proche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères et s'y fourra
aussi, regardant toujours ce que l'Ogre deviendrait.

L'Ogre, qui se trouvait fort las du long chemin qu'il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues
fatiguent fort leur homme), voulut se reposer ; et, par hasard, il alla s'asseoir sur la roche où les petits

garçons s'étaient cachés.

Comme il n'en pouvait plus de fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si
effroyablement, que les pauvres enfants n'eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau

pour leur couper la gorge.

Le Petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison pendant que
l'Ogre dormait bien fort, et qu'ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil, et gagnèrent

vite la maison.

Le Petit Poucet, s'étant approché de l'Ogre, lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt.

Les bottes étaient fort grandes et fort larges ; mais, comme elles étaient fées, elles avaient le don de
s'agrandir et de s'apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait ; de sorte qu'elles se trouvèrent aussi

justes à ses pieds et à ses jambes que si elles eussent été faites pour lui.

Il alla droit à la maison de l'Ogre, où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées.

- Votre mari, lui dit le Petit Poucet, est en grand danger : car il a été pris par une troupe de voleurs, qui
ont juré de le tuer s'il ne leur donne tout son or et tout son argent. Dans le moment qu'ils lui tenaient le

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