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Charles Perrault - Contes

Cette femme, les voyant tous si jolis. se mit a pleurer, et leur dit :

- Hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c'est ici la maison d'un Ogre qui
mange les petits enfants ?

- Hélas ! madame. Lui répondit le Petit Poucet qui tremblait de toute sa force, aussi bien que ses frères,
que ferons-nous ? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit si

vous ne voulez pas nous retirer chez vous, et, cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui

nous mange ; peut-être qu'il aura pitié de nous si vous vouliez bien l'en prier.

La femme de l'Ogre, qui crut qu'elle pourrait les cacher à son mari jusqu'au lendemain matin, les laissa
entrer, et les mena se chauffer auprès d'un bon feu ; car il y avait un mouton tout entier à la broche, pour

le souper de l'Ogre.

Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte :
c'était l'Ogre qui revenait.

Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte.

L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table.

Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il flairait à droite et à gauche,
disant qu'il sentait la chair fraîche.

- Il faut, lui dit sa femme. que ce soit ce veau que je viens d'habiller, que vous sentez.

- Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a
ici quelque chose que je n'entends pas.

En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit.

- Ah ! dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme ! Je ne sais à quoi il tient que je ne
te mange aussi : bien t'en prend d'être une vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour

traiter trois ogres de mes amis, qui doivent me venir voir ces jours-ci.

Il les tira de dessous le lit, l'un après l'autre.

Ces pauvres enfants se mirent à genoux, en lui demandant pardon ; mais ils avaient affaire au plus cruel
de tous les ogres, qui, bien loin d'avoir de la pitié, les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce

seraient là de friands morceaux, lorsqu'elle leur aurait fait une bonne sauce.

Il alla prendre un grand couteau ; et en approchant de ces pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue
pierre, qu'il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit :

- Que voulez-vous faire à l'heure qu'il est ? n'aurez-vous pas assez de temps demain.

- Tais-toi, repris l'Ogre, ils en seront plus mortifiés.

- Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme : voilà un veau, deux moutons et la moitié
d'un cochon !

- Tu as raison, dit l'Ogre : donne-leur bien à souper, afin qu'ils ne maigrissent pas. et va les mener

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