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Charles Perrault - Contes

tout à coup par un petit sentier détourné.

Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force.

Le Petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait
laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc :

- Ne craignez point. mes frères ; mon père et ma mère nous ont laissés ici. mais je vous ramènerai bien au
logis : suivez-moi seulement.

Ils le suivirent, et il les mena jusqu'à leur maison, par le même chemin qu'ils étaient venus dans la forêt.

Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour écouter ce que disaient leur père
et leur mère.

Dans le moment que le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, le seigneur du village leur envoya
dix écus, qu'il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien.

Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya sur l'heure sa
femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu'elle n'avait mangé, elle acheta trois fois plus de

viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux personnes.

Lorsqu'ils furent rassasiés, la bûcheronne dit :

- Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ! Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais
aussi Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre : j'avais bien dit que nous nous en repentirions. Que

font-ils maintenant dans cette forêt ? Hélas ! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés ! Tu es

bien inhumain d'avoir perdu ainsi tes enfants !

Le bûcheron s'impatienta à la fin ; car elle redit plus de vingt fois qu'ils s'en repentiraient, et qu'elle l'avait
bien dit.

Il la menaça de la battre si elle ne se taisait.

Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c'est qu'elle lui
rompait la tête, et qu'il était de l'humeur de beaucoup d'autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent

bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit.

La bûcheronne était tout en pleurs :

- Hélas ! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants ! Elle le dit une fois si haut, que les
enfants. qui étaient à la porte, l'ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble :

- Nous voilà ! nous voilà !

Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant :

- Que je suis aise de vous revoir. mes chers enfants ! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim ; et toi,
Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille.

Ce Pierrot était son fils aîné, qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et
qu'elle était un peu rousse.

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