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Charles Perrault - Contes

mon esprit, de mon humeur et de mes manières ?

- Nullement, répondit la princesse ; j'aime en vous tout ce que vous venez de me dire.

- Si cela est ainsi, reprit Riquet à la Houppe, je vais être heureux, puisque vous pouvez me rendre le plus
aimable des hommes.

- Comment cela se peut-il faire ? Lui dit la princesse.

- Cela se fera, répondit Riquet à la Houppe, si vous m'aimez assez pour souhaiter que cela soit ; et afin,
madame, que vous n'en doutiez pas, sachez que la même fée qui, au jour de ma naissance, me fit le don

de pouvoir rendre spirituelle la personne qui me plairait, vous a aussi fait le don de pouvoir rendre beau

celui que vous aimerez, et à qui vous voudrez bien faire cette faveur. - Si la chose est ainsi, dit la

princesse, je souhaite de tout mon coeur que vous deveniez le prince du monde le plus beau et le plus

aimable ; et je vous en fais le don, autant qu'il est en moi.

La princesse n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la Houppe parut, à ses yeux, l'homme
du monde le plus beau, le mieux fait et le plus aimable qu'elle eût jamais vu.

Quelques-uns assurent que ce ne furent point les charmes de la fée qui opérèrent, mais que l'amour seul
fit cette métamorphose. Ils disent que la princesse, ayant fait réflexion sur la persévérance de son amant,

sur sa discrétion et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de son esprit, ne vit plus la difformité de

son corps ni la laideur de son visage ; que sa bosse ne lui sembla plus que le bon air d'un homme qui fait

le gros dos, et qu'au lieu que jusqu'alors elle l'avait vu boiter effroyablement, elle ne lui trouva plus qu'un

certain air penché qui la charmait. Ils disent encore que ses yeux, qui étaient louches, ne lui en parurent

que plus brillants ; que leur dérèglement passa dans son esprit pour la marque d'un violent excès d'amour,

et qu'enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de martial et d'héroïque.

Quoi qu'il en soit, la princesse lui promit sur-le-champ de l'épouser, pourvu qu'il en obtînt le
consentement du roi son père.

Le roi, ayant su que sa fille avait beaucoup d'estime pour Riquet à la Houppe, qu'il connaissait d'ailleurs
pour un prince très spirituel et très sage, le reçut avec plaisir pour son gendre. Dès le lendemain, les

noces furent faites, ainsi que Riquet à la Houppe l'avait prévu, et selon les ordres qu'il en avait donnes

longtemps auparavant.

PEAU-D'ANE

II était une fois un roi si grand, si aimé de ses peuples, si respecté de tous ses voisins et de ses alliés,
qu'on pouvait dire qu'il était le plus heureux de tous les monarques. Son bonheur était encore confirmé

par le choix qu'il avait fait d'une princesse aussi belle que vertueuse ; et ces heureux époux vivaient dans

une union parfaite. De leur chaste hymen était née une fille, douée de tant de grâces et de charmes, qu'ils

ne regrettaient pas de n'avoir pas une plus ample lignée.

La magnificence, le goût et l'abondance régnaient dans son palais ; les ministres étaient sages et habiles ;
les courtisans, vertueux et attachés ; les domestiques. fidèles et laborieux ; les écuries, vastes et remplies

des plus beaux chevaux du monde, couverts de riches caparaçons : mais ce qui étonnait les étrangers qui

venaient admirer ces belles écuries, c'est qu'au lieu le plus apparent un maître âne étalait de longues et

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