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Charles Perrault - Contes

Cependant le roi, qui vit en passant le beau château de l'ogre, voulut entrer dedans.

Le Chat, qui entendit le bruit du carrosse, qui passait sur le pont-levis, courut au-devant et dit au roi

- Votre Majesté soit la bienvenue dans ce château de monsieur le marquis de Carabas !

- Comment, monsieur le marquis. s'écria le roi, ce château est encore à vous ! il ne se peut rien de plus
beau que cette cour et que tous ces bâtiments qui l'environnent ; voyons les dedans s'il vous plaît.

Le marquis donna la main à la jeune princesse, et suivant le roi, qui montait le premier, ils entrèrent dans
une grande salle, où ils trouvèrent une magnifique collation que l'ogre avait fait préparer pour ses amis,

qui le devaient venir voir ce même jour-là, mais qui n'avaient pas osé entrer, sachant que le roi y était.

Le roi charmé des bonnes qualités de monsieur le marquis de Carabas, de même que sa fille, qui en était
folle, et voyant les grands biens qu'il possédait, lui dit après avoir bu cinq ou six coups :

- Il ne tiendra qu'à vous, monsieur le marquis, que vous ne soyez mon gendre.

Le marquis, faisant de grandes révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi, et, dès le même jour, il
épousa la princesse.

Le Chat devint grand seigneur, et ne courut plus après les souris que pour se divertir.

RIQUET A LA HOUPPE

II était une fois une reine qui eut un fils si laid et si mal fait, qu'on douta longtemps s'il avait forme
humaine. Une fée, qui se trouva à sa naissance, assura qu'il ne laisserait pas d'être aimable, parce qu'il

aurait beaucoup d'esprit : elle ajouta même qu'il pourrait, en vertu du don qu'elle venait de lui faire,

donner autant d'esprit qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux.

Tout cela consola un peu la pauvre reine, qui était bien affligée d'avoir un si vilain marmot. Il est vrai que
cet enfant ne commença pas plus tôt à parler, qu'il dit mille jolies choses, et qu'il avait dans toutes ses

actions je ne sais quoi de si spirituel, qu'on en était charmé.

J'oubliais de dire qu'il vînt au monde avec une petite houppe de cheveux sur la tête, ce qui fit qu'on le
nomma Riquet à la Houppe, car Riquet était le nom de la famille.

Au bout de sept ou huit ans, la reine d'un royaume voisin eut deux filles.

La première qui vint au monde était plus belle que le jour : la reine en fut si aise qu'on appréhenda que la
trop grande joie qu'elle en avait ne lui fit mal. La même fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet

à la Houppe était présente, et, pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse

n'aurait point d'esprit, et qu'elle serait aussi stupide qu'elle était belle.

Cela mortifia beaucoup la reine ; mais elle eut, quelques moments après, un bien plus grand chagrin : car
la seconde fille se trouva extrêmement laide.

- Ne vous affligez point tant, madame, lui dit la fée, votre fille sera récompensée d'ailleurs, et elle aura
tant d'esprit, qu'on ne s'apercevra presque pas qu'il lui manque de la beauté.

- Dieu le veuille, répondit la reine ; mais n'y aurait-il point moyen de faire avoir un peu d'esprit à l'aînée,

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